Bauer confirmé au CNAM : quelques précisions sur son expérience « universitaire »

Publié: 13/02/2009 dans Vieux dossiers
Tags:, , , , ,

L’AFP nous apprend que les administrateurs du CNAM, mercredi 11, ont validé la création de la chaire de « criminologie appliquée » et la nomination à sa tête du consultant Alain Bauer.

Reste encore, pour le ministre de la recherche, à confirmer la mesure dans un décret officiel. Le ministère affirme que la méthode de nomination, très contestée (cf notamment la tribune parue dans Libé le 6 février), n’est pas inédite. Pour preuve, il indique que le dernier personnage public à avoir bénéficié de la mansuétude du pouvoir pour s’installer au CNAM, c’est… Bernard Kouchner, qui «a été le premier titulaire de la chaire « Santé et développement »». Sacré référence ! Surtout lorsqu’il s’agit de donner à cette nomination un caractère inattaquable…

C’est enfin l’occasion de vérifier en quoi consistent les multiples fonctions universitaires ou scientifiques que Bauer s’attribue sans cesse.

Le quotidien Le Monde prouve encore son sens du pluralisme en publiant, le même jour (mercredi 11, soit au moment de la réunion du CA du CNAM…), deux tribunes sur cette affaire, une pour chaque camp. Pas de jaloux.

Les chercheurs frondeurs, emmenés par Michel Lallement, titulaire de la chaire de « sociologie du travail » du CNAM, avancent:

« L’histoire des sciences nous a appris qu’une discipline n’acquiert de crédibilité qu’à la seule condition que son objet soit discuté et stabilisé, et qu’une communauté de pairs s’investisse dans le projet et le reconnaisse comme légitime. La science n’est pas une affaire d’opportunité politique. Valider sans aucune forme de procès la création d’une chaire au CNAM, lieu de formation et de diffusion des normes professionnelles par excellence, c’est donc avant tout desservir la criminologie française pour de longues années et discréditer toutes celles et tous ceux qui, à un titre ou un autre, oeuvrent dans son champ. Le projet de création pose d’autant plus problème que le titulaire proposé (…) souffre d’un fort déficit de légitimité auprès des milieux scientifiques. La faiblesse de ses travaux est patente. C’est peu dire en réalité. Les publications signées par M. Bauer sont contestées par tous les spécialistes reconnus, psychiatres, psychologues, juristes et sociologues de la déviance et des questions pénales. La liste des critiques est saisissante.»

Et le nouveau « criminologue » de s’en défendre, avec son dédain habituel :

« Le fait que des établissements universitaires français et étrangers m’emploient pour enseigner sur le sujet [1], qu’une abondante production scientifique soit publiée par le principal intéressé [2], disparaît derrière la mise en cause de mon activité privée qui, comme pour les avocats-enseignants ou les médecins-enseignants, est en général appréciée, en tout cas dans des universités étrangères (New York, Pékin…), qui n’ont pas à souffrir de la comparaison avec les établissements nationaux. Au-delà du côté excessif des attaques personnelles, le sort de la criminologie m’apparaît beaucoup trop important pour que le processus lancé soit interrompu par une campagne basée sur des motifs plus militants et politiques que scientifiques.» (!)

[1] C’est son slogan favori : «des centres de recherche et des universités me font déjà confiance!». Sa fiche Wikipedia est élogieuse, mais trompeuse.

– A l’Institut des études politiques (ScPo Paris), qui figure toujours en tête dans son CV, dans l’annuaire de l’établissement, à la section « recherche », il n’est même pas référencé parmi les « chercheurs invités » encore moins dans les « chercheurs associés ».

– Il est aussi présenté comme «enseignant» à l’Institut de criminologie de Paris-II (Assas). Nuance : cet « institut » n’est pas intégré en tant que tel aux cours diplômants de l’université. Ce n’est ni un mastère, ni un doctorat. Mais une « formation » de… 1 an, destinée «aux personnes qui se destinent aux fonctions de magistrat, d’avocat, de cadre de la gendarmerie, de la police nationale (…)». C’est de la formation continue, pas « universitaire ». Bauer n’est pas non plus référencé dans l’annuaire de l’université (ça se vérifie facilement). Si ça vous amuse, on peut aussi aller prouver l’énorme réputation scientifique du «John Jay College of Criminal Justice de New York», ou encore l’obscure «université de droit de Pékin».

Le fait qu’il ait été nommé dans de multiples commissions ou observatoires (délinquance, vidéosurveillance, etc.), qui n’ont de légitimité qu’aux yeux de leurs donneurs d’ordre (L’Elysée, l’Intérieur, etc.), n’ont là aussi rien à voir avec une quelconque compétence scientifique ou universitaire. D’où l’intérêt de cette chaire créée sur mesure: lui donner enfin cette légitimité.

[2] Parmi l’«abondante production scientifique», citons ce livre de 2006 sur la franc-maçonnerie (AB en est un fervent adepte déclaré), Pour retrouver la parole: Le retour des Frères (2006), écrit avec trois autres co-auteurs dont Michel Maffesoli, directeur de thèse de l’astrologue Elizabeth Tessier. Oui, c’est très réducteur, mais tellement tentant… A compléter avec le truculant portrait de La république des lettres.

PS – Le sociologue Laurent Mucchielli, parmi les plus virulents critiques de Bauer et à l’origine de cette pétition, a déjà évoqué le CV peu reluisant du monsieur dans son ouvrage « Violence et insécurité » (La Découverte, 2002), cf extraits. A lire aussi sa dernière publication, « Une «nouvelle criminologie» française? Pourquoi et pour qui? », Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, 2008, 4, p. 795.
commentaires
  1. […] l’Observatoire national de la délinquance (un machin créé par Sarkozy et présidé par une de nos vieilles connaissances), il pense à peu près la même chose: ce rapport ne prouve rien; il occulte même des éléments […]

  2. […] Ceci ressemble fort au “groupe de contrôle sur les fichiers de police”, présidé par Alain Bauer, désigné juste après l’affaire Edvige et qui a sévi dans un rapport de décembre […]

  3. […] Ceci ressemble fort au “groupe de contrôle sur les fichiers de police”, présidé par Alain Bauer, désigné juste après l’affaire Edvige et qui a sévi dans un rapport de décembre […]

  4. […] Incroyable: Alain Bauer rangé des camions 2010 février 7 mots-clés : insécurité, libertés, police, RG, sarkozy, terrorisme by numerolambda Souvenez-vous, en février 2009 un vent de fronde interne au Conservatoire des arts et métiers se levait au sujet de créatio […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s