Les gendarmes à l’école

Publié: 14/02/2009 dans A l'arrache
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Les placards et les caves des écoles primaires de France cachent de dangereux individus ces temps-ci. La maréchaussée s’invite de temps à autre dans les cours d’école pour voir si « tout va bien », si les évaluations en CM2 ne sont pas perturbées par des parents hargneux, si l’abandon des RASED ne fait pas trop de bruit, si le fichier base élèves ne menace pas trop la sûreté de l’Etat… Dormez tranquille. Les réformes Darcos sont sous bonne garde.

Dans l’Hérault, le syndicat des profs de primaire s’en est plaint en début de semaine à son inspecteur:

– le jeudi 22 janvier, les gendarmes sont passés vers 9H30 à l’école de Brignac (circonscription de Lodève) pour vérifier « si tout se passait bien »
– le lundi soir 19 janvier, un gendarme s’est présenté à l’école de Jonquières (circonscription de Lodève) pour savoir s’il n’y avait pas « de troubles à l’ordre public »
– durant toute la semaine du 19 au 23 janvier, coup de fil tous les matins à l’école de Jonquières de la gendarmerie de Gignac pour savoir « si tout allait bien »
– le jeudi 22 janvier, deux gendarmes sont entrés dans la cour de l’école Georges Brassens de Paulhan (circonscription de Lodève), entre 8H35 et 8H45. Ils ont relevé qu’il y avait des banderoles sur la clôture et demandé si les enseignants n’étaient pas gênés par des parents qui occuperaient éventuellement l’école (ce qui n’était pas le cas). Ils voulaient savoir si les évaluations CM2 se déroulaient dans des conditions normales
– le jeudi 29 janvier, jour de grève dans l’Education nationale, deux gendarmes se sont présentés à l’école Mario Roustan de Mauguio (circonscription de Lattes) pour demander aux enseignants non grévistes de leur donner le nombre de grévistes sur l’école. Devant le refus ferme de nos collègues, ils ont insisté arguant qu’ailleurs « on leur avait donné le renseignement ».

Fin janvier, dans L’Humanité:

Lors d’une réunion tenue vendredi 16 janvier à Gignac [Hérault], l’inspectrice de la circonscription avait convié maîtres du CM2 et directeurs d’école à récupérer les livrets d’évaluation. Parents d’élèves et élus s’étaient invités. La réponse de l’inspecteur d’académie : l’envoi de huit gendarmes.
Gérard Cabello, maire communiste de Montarnaud, présent lors de cette manifestation, a déjà reçu trois visites des gendarmes en deux mois. « La première, c’était avant les vacances de Noël. Ils sont intervenus car les parents d’élèves avaient apposé une banderole sur les grilles de l’école. Les deuxième et troisième fois, ils sont venus début janvier, le matin et le soir, pour enlever une banderole « Sauvons les RASED » et « Non à la fermeture d’une classe ». Je les ai interpellés pour leur dire que j’aurais été ravi de les voir plutôt sur des missions de sécurité. Par la suite, j’ai eu la confirmation qu’ils étaient en mission de renseignement. »

En Bretagne, le Télégramme de Brest décrit à peu près la même chose le 31 janvier :

«Qui fait grève à l’école? Qui va à la manif? Qui participe à la nuit des écoles?» La gendarmerie qui passe dans les écoles pour poser ce genre de questions, ce n’est pas courant mais cela se fait.
Au moins trois exemples, cette semaine, dans le secteur de Callac [Côtes d’Armor], où la mobilisation des parents d’élèves est importante, suite à l’annonce des différentes réformes et de la publication de la carte scolaire. (…)
La directrice de l’école de Bulat-Pestivien, par exemple, a reçu la visite des gendarmes pendant les heures de classe, mardi matin. «Quand je les ai vus arriver, j’ai eu peur qu’il se soit passé quelque chose de grave. Machinalement, j’ai répondu à leurs questions», raconte-t-elle. Quand elle a demandé pourquoi on lui posait ces questions, on lui a répondu qu’ils avaient «des instructions pour le maintien de l’ordre public».
À Callac, ils venaient juste prendre le pouls, en quelque sorte. Le directeur de l’école primaire confirme que lui aussi a reçu une petite visite, comme sa collègue de l’école maternelle. Pas de questions précises, «ils n’ont pas été jusque-là, mais de toute façon il y a des panneaux tout autour de l’école, il suffit de les lire. On a discuté de savoir si la mobilisation était importante ou pas.»
A-t-il déjà vu ça? «Non, jamais, et pourtant je suis à cinq ans de la retraite.» Selon Carole Le Jeune, maire de Callac, ils avaient «des mots d’ordre concernant le déroulement de la nuit des écoles, rien de plus». Mais elle n’avait pas été avertie de leur visite.

severacDans l’Aveyron, haut-lieu avec l’Isère et le Lot de la résistance contre le fichier base élèves, des agitateurs à banderolles ont menacé l’ordre public en se retrouvant le 6 février devant les grilles du collège Public de Séverac. Ce jour-là, devait avoir lieu à Rodez un stage de formation à ce fichier base élèves, destinés aux directeurs d’école. Réunion finalement déplacée à Séverac à la dernière minute. Quant les contestataires se sont finalement pointés, ils ont été accueillis par la Gendarmerie. Finalement, la formation a été annulée. Choux blanc. C’est la quatrième de ce type à être annulée en Aveyron.

Il se trame dans le maquis que les gendarmes s’entrainent déjà à débarquer dans les écoles armés de pinces monseigneur.

Lire aussi à ce sujet deux notes de Plume de presse, l’un sur la fameuse affaire de la descente « anti-shit » dans le collège du Gers en novembre, et l’autre sur les évaluations de CM2.

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