A Nouméa, qui rêve de Pointe-à-Pitre ?

Publié: 13/03/2009 dans A suivre
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Evacuation de l'aéroport de Tantoua, 11 mars (Source Caledosphere)

Aéroport de Tontouta, 11 mars (Source: Caledosphere)

« La Nouvelle-Calédonie n’est pas la Guadeloupe. Gérard Jodar semble visiblement se prendre pour Elie Domota. » C’est le Haut commissaire de Nouméa, Yves Dassonville, qui résume à sa manière la fin du blocage, cette semaine, de l’aéroport international de Tontouta par le syndicat USTKE, dirigé par Gérard Jodar. Il a fallu déployer 120 gendarmes pour dégager les quelques 400 militants (selon la police) qui tentaient d’occuper le tarmac pour bloquer le traffic aérien. Alors, Gwadloupéyen et Kanak, même combat? Le « haussaire », comme on dit dans les territoires, serait-il un grand visionnaire? Ou un inconscient pyromane? C’est en effet tentant de faire le parallèle entre les différents points de surchauffe qui éclatent aux quatre coins de l’empire « colonial » français. Mais ce n’est pas si simple, me disent certaines voix familières sur le Caillou. La Kanaky est une collectivité spécifique, ni un département ni un territoire, engagé dans un véritable processus d’autonomie, contrairement aux départements antillais. C’est bien une idée de « métro », ça, de faire le parallèle entre Nouméa et Pointe-à-Pitre. Trop snob d’imaginer que les odeurs de poudre et d’étincelle ont la même essence de révolte sous les tropiques, d’un point à un autre du Common Wealth à la française.

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Nouméa, février 2009 (Photo O. Oswald).

Alors on s’autorise juste à faire des rapprochements. L’USTKE, qui fut l’une des composantes fondatrices du FLNKS, a pris depuis longtemps ses distances avec le parti historique qui gouverne aujourd’hui la province Nord. C’est redevenu un syndicat radical, l’une des organisations indépendantistes les plus redoutées de Kanaky. Cela fait par exemple depuis plus de deux ans qu’une grève s’enlise chez Carsud, une compagnie de transport filiale de Veolia. Quant au LKP de la Guadeloupe, lui, c’est plutôt un jeunot de la révolte syndicale. Il fédère une multitude de sensibilités, syndicats, associations solidaires ou environnementales. C’est là la principale différence avec son grand cousin kanak. Mais dans leur approche de la lutte sociale, ils ont des choses en commun. L’Union syndicale des travailleurs kanaks et des «exploités» sonne un peu comme le LKP, collectif contre la «pwofitasyon», mot créole subtil qui mêle « exploitation » et « profiteurs ». Il y a aussi certains slogans qui ne trompent pas : dans une note du 3 mars, quelques jours après le début du blocage de l’aéroport de Tontouta, l’USTKE répétait ses mots d’ordre : «exigence d’un vrai texte sur l’emploi local et le contrôle de l’immigration». Des revendications similaires ont été avancées par le LKP, c’est même l’objet du point n°81 de l’accord signé récemment en Guadeloupe. L’épisode de l’aéroport occupé à Nouméa a réouvert le débat. Sur le blog Caledosphère, on s’enflamme. L’article du 12 mars intitulé «L’USTKE n’est pas le LKP… et nos problèmes sont différents !» déclenche de vives réactions, en majorité orientées contre les méthodes employées par le syndicat kanak.

D’aucuns soupçonnent l’USTKE de Jodar de faire de la surrenchère politique, et non plus seulement syndicale, depuis qu’il a lui-même mis sur orbite un parti politique, le Parti travailliste, en novembre 2007, qui bénéficie du soutien de José Bové. Bové, on le sait, s’est déplacé en personne pour apporter son soutien au LKP d’Elie Domota. Quant à M. le Haussaire, il y tient, lui, à sa comparaison. Mais non, Nouméa, Bourail, Hienghène, ça n’a rien n’a avoir avec les faubourgs de Basse-Terre ou de Pointe-à-Pitre. Yves Dassonville, cité hier par les Nouvelles calédoniennes: « Bien sûr qu’il y a ici des problèmes de vie chère [ah oui, quand même], des problèmes de salaires, d’emploi local [de rentes de situation, de monopoles organisés, non?]. Mais j’ai reçu récemment tous les syndicats. Il y a un vrai dialogue social dans lequel ils sont engagés avec l’impulsion du gouvernement de la Calédonie dont c’est la compétence [et un peu de pommade pour les élus de centre-droit qui gouvernent dans le Sud]. Et aucun d’entre eux ne souhaite qu’on tombe dans une situation à la guadeloupéenne [ah mais, il insiste!]. Je ne peux pas tolérer dans une île que l’aéroport soit bloqué, et il ne le sera pas. À dire vrai, depuis quinze jours, l’USTKE a tout essayé pour que les avions ne partent pas. Nous avons mis en place un dispositif pour que le trafic se déroule normalement. Ce matin, ils ont tenté un coup de force, nous avons répondu par la force. »

Attention, M. Dassonville. A trop vouloir étouffer l’incendie, on risque aussi de donner des idées pour la suite de l’insurrection. En métropole, on déplace des préfets pour moins que ça. Le roitelet de l’Elysée rentre dans l’Otan, c’est pas pour se faire emmerder par des gouverneurs pyromanes. Non mais!

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