Jean-Marc Leclerc, journaliste à double fond

Publié: 25/03/2009 dans A suivre
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dsc01086bAlors la voilà, la fameuse étude du siècle sur la vidéosurveillance, celle qui va enfin réconcilier sceptiques et convaincus à propos de la réelle efficacité des caméras déployées sur la voie publique pour éradiquer la délinquance. C’est un article du Figaro qui nous l’apprends: «La vidéosurveillance fait chuter la délinquance de rue». A l’appui de cette thèse, un rapport du ministère de l’Intérieur. Un rapport qui n’a pas été rendu public mais qui fait déjà beaucoup parler du côté des convaincus: «L’intérêt opérationnel de la vidéoprotection n’est plus à dé­mon­trer», (Christian Sonrier, directeur de la Sécurité publique, Hauts-de-Seine). «Les caméras sont devenues une aide à l’enquête, au même titre que l’ADN» (un officier de police). Accablant! Mais pas très fiable, les chiffres, hein, car mardi l’article était titré: «Deux fois moins d’agressions grâce à la vidéosurveillance». Finalement, après ce titre corrigé, elle «chute», la délinquance, mais on ne sait plus de combien !

image-2On comprend aisément que le Figaro entend par ce coup de pouce offrir sur un plateau les arguments qui manquaient à Alliot-Marie, mais aussi aux maires récemment convaincus par les « caméras préventives »  — comme Bertrand Delanoë à Paris — pour valider sa politique en la matière. Un papier qui tombe à pic pour la place Bauveau, comme le précise Bug brother, puisque les services de MAM vont lancer, le 27 mars, une campagne et un site internet sur «la vidéoprotection, la sécurité au service de la liberté» (sic). (Au fait ça y est: tout beau, tout neuf: le site internet www.videoprotection.interieur.gouv.fr, photo ci-contre).

Le plus dingue, c’est que notre Jean-Marc Leclerc ne puise pas ses sources au hasard. Il fait tout simplement partie, seul dans son genre, du fameux « Groupe de contrôle des fichiers de police », un machin présidé depuis 2006 par Alain Bauer, qu’on connait bien, et qu’on a ressorti de la naphtaline suite au pataquès du fichier Edvige (pour juger de la grande pertinence de ce « groupe de contrôle », consultez sa composition en page 8 de son dernier rapport). A noter que le Syndicat de la magistrature, invité à y siéger, a claqué la porte après 2 réunions, justifiant son choix du fait de “la place très minoritaire de la « société civile » au sein de ce groupe (c’est-à-dire des personnes ne faisant partie ni de la police ni de la gendarmerie) dont le regard critique et la marge de manoeuvre à l’égard du gouvernement apparaissent quasiment nuls”.

Que ce Jean-Marc Leclerc trouve un intérêt particulier, ne serait-ce que sociologique, à intégrer une commission gouvernementale pour agrémenter son CV et son carnet d’adresses, passons (quoique), mais le plus dingue c’est qu’il se permette: 1) De continuer à écrire des articles dans un domaine où les informations proviennent pour la plupart du ministère de l’Intérieur; 2) de recycler les infos qu’il glane grâce à ses nouvelles fonctions; et 3) de ne pas préciser à l’attention de ses lecteurs, ce qui est le minimum en ces circonstances, qu’il entretient un lien quelque peu consanguin avec notre grand flic privé Alain Bauer, et avec le ministère de l’Intérieur en général.

Notons aussi que le sieur Bauer préside d’abord le fameux OND (un « observatoire de la délinquance » qui n’a, là aussi, qu’une représentativité limitée aux frontières de la Sarkozye), mais aussi, sacré cumulard, d’un autre machin vachement pratique, la «Commission nationale de la vidéo-surveillance». Qui est chargée, justement, de mettre en musique le plan de Michèle Alliot-Marie. Jean-Marc Leclerc n’en est pas encore membre. Ça ne saurait tarder.

C’est Bakchich qui avait levé ce lièvre en décembre 2008. Jean-Marc Leclerc venait d’être nommé, et cela ne l’a pas empêché d’écrire un article dont la source principale se trouvait être Leclerc Jean-Marc, membre du même groupe de contrôle. Conclusions de Bakchich: «Comment peut-il oublier que, pour des raisons déontologiques évidentes, un journaliste ne peut être membre d’une instance officielle et écrire sur elle dans un média ?» Déontoloquoi?

On connaissait les « transfuges » de la presse, par exemple Catherine Pégard, parti du Point pour rejoindre la tambouille sarkozienne dès mai 2007 (Le Figaro, bon prince, nous rappelle qu’elle se définit elle-même comme une «journaliste à usage privé», c’est du joli!), ou encore comme Gérard Gachet, aujourd’hui porte-parole du ministère de l’Intérieur, et qui fut surtout journaliste à Valeurs actuelles, après avoir officié, lui aussi, au « Fig ». (Pour un CV un peu plus détaillé, lire ce commentaire d’un article de Bakchich). D’autres éminents gratte-papier, à gauche comme à droite (JFK qui rejoint le parti de Bayrou), ont sans doute fait de même sans faire trop de bruit. Mais ce Jean-Marc Leclerc, lui, bat tous les records du culot journalistique. Il va sans doute démentir ces calomnies dans un prochain article du Figaro.

Sur le fond du sujet, la vidéosurveillance, tous les doutes sont permis sur ces chiffres miraculeux sortis de nulle part: Bug brother, dans le même billet déjà cité, dégonfle la baudruche avec d’autres éléments moins contestables. Par exemple, les chiffres brandis par le porte-fligue de Bauer portent sur seulement 300 villes, «alors que « le nombre de communes ayant eu recours depuis 1997 à la vidéosurveillance est évalué à 1142 », et à 1297 si l’on y ajoute les conseils régionaux, généraux et les Etablissements publics équipés.» Mise à jour: nouveau billet et d’autres chiffres à mettre de côté!

Mise à jour: Bakchich.info revient aussi sur cette étude, « nouveau leurre de l’Intérieur », en interrogeant un sociologue, Frédéric Ocqueteau, membre de l’OND présidé par Bauer:

Du côté police nationale, on grince des dents car les usages municipaux investis dans les caméras ne concordent pas toujours avec les attendus de la police judiciaire, et les espoirs mis dans les caméras. (…) De toute façon, nul n’est pour l’instant capable d’établir un lien systématique en France entre vidéo surveillance et arrestation d’un suspect dans l’espace public, puisque l’origine des signalements policiers n’est pour l’instant jamais référé à la détection d’une caméra, sauf si elle gérée par l’Etat lui-même, comme à la préfecture de police. Et cela se comprend : imaginez qu’un chercheur vienne démontrer que l’augmentation des taux d’élucidations dans « la délinquance de rue » serait imputable aux caméras du maire de la ville. Bonjour le drame national sur les excellentes performances de notre police nationale. (…)

Cela dit, mettons-nous à la place d’un maire qui devrait expliquer que l’investissement dans ses caméras dont il a équipé son centre ville pour répondre aux industriels et commerçants riches a provoqué un effet de déplacement de petites frappes sur l’espace de commerçants périphériques moins bien lotis…, le contribuable en tirera lui-même les leçons : il faut généraliser partout ou arrêter les dégâts. Je veux dire que les maires, de gauche ou de droite, une fois équipés… sont condamnés à vendre le succès du dispositif à leur électorat le plus fidélisé. Ou alors, ils doivent communiquer sur des phénomènes un peu plus subtils ou moins grossiers, reconnaître des réussites et des échecs relatifs…

commentaires
  1. […] paraphrase le quotidien du groupe Dassault. Comme nous l’avons déjà expliqué, c’est en effet Le Figaro est à l’origine de cette affirmation fantaisiste, car non […]

  2. […] Il y a déjà quelques mois, le même journal, et le même auteur, avait sauté sur des statistiques sorties de nulle part du ministère de l’Intérieur pour damer le pion aux opposants des […]

  3. […] plein mois d’aôut, le soldat Jean-Marc Leclerc, du Figaro, qui fait par ailleurs don de sa science dans des oeuvres téléguidées par le […]

  4. […] La scène (ou les Anonymous), cette obscure entité Article publié par kitetoa le 28 janvier 2011 – 16 h 14 minPas de commentaire Share Il y a parfois des pépites journalistiques. Celles-là, il faut les garder dans un coin pour toujours. Cette fois, c’est le Figaro qui nous la livre sous la plume de Jean-Marc Leclerc […]

  5. […] la foulée, le très sécuritaire Jean-Marc Leclerc, journaliste au Figaro avec un article intitulé Téléphone, Internet: l'État […]

  6. […] la foulée, le très sécuritaire Jean-Marc Leclerc, journaliste au Figaro avec un article intitulé Téléphone, Internet: […]

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