Thales met sa zone à Mexico

Publié: 10/04/2009 dans A l'arrache
Tags:, , , , , , , ,

lazonabythalesOn peut toujours chercher parmi les sponsors du dernier film de Rodrigo Pla, La Zona, vous ne verrez pas le groupe Thales (meme en trichant un peu). En revanche ils s’occupent très bien du service après-vente.

Le groupe français, géant mondial des gadgets pour la sécurité intérieure, vient de signer un contrat avec la ville de Mexico. Le film raconte la cruelle vie de riches habitants d’une petite zone de lotissements surprotégée — une de ces gated communities, importées d’où vous savez —, armée de miradors vidéos et dotée d’une bonne petite milice privée qui préfère arroser les keufs que de s’emmerder avec la loi. Thales, lui, a quelques idées de scénarios à refourguer autour du concept de « Ville Sûre ». Ce truc de « Ciutad Segura », c’est le nom d’un projet très sérieux monté par la ville de Mexico, avec comme architectes industriels Telmex, le France Tel local—et nos nouveaux amis de Thales.

Il y en a quand même pour 460 millions de dollars. «Son objectif est de renforcer la sécurité dans la ville face à un large spectre de risques, notamment la délinquance, le terrorisme, les attaques de sites stratégiques et les risques naturels.» Voilà le style « gated communities » appliquée à la sécurité urbaine, la guerilla permanente, stabiliser la peur avec des écrans et des capteurs CCD.

« »Ciudad Segura » est un projet unique de vidéosurveillance urbaine axé sur la sécurité publique. Il n’existe pas d’autre système aussi intégré et complet que celui-ci dans le monde. (…) Plus de 500 ingénieurs et spécialistes vont travailler à l’exécution de ce programme pendant 3 ans. (Un) système totalement intégré pour conduire des opérations de sécurité publique prises en charge aussi bien par le traitement des appels provenant de citoyens, que par la surveillance de la ville. (…) Avec l’appui de 8.080 caméras et senseurs déployés dans la ville, et grâce au traitement approprié d’images générées lorsque sont détectés des comportements anormaux, le système sélectionne les signaux d’alarme et informe les opérateurs qui peuvent visualiser les incidents.»

«En cas de crise, la police peut déployer deux centres de commandement mobiles dotés des équipements nécessaires de protection, pour opérer lors de situations exceptionnelles et conserver la liaison avec le centre principal de commandement (C4I). Le système permet également de localiser ou d’identifier les véhicules dans les principales artères de la ville grâce à la lecture de leurs plaques d’immatriculation.»

Notez avec quel tact on déploie cet arsenal, le dernier paragraphe décrivant davantage une situation d’insurrection civile qu’un problème de sécurité publique. Thales s’est déjà illustré en 2003 en se vantant d’équiper les «centres de secours» de Porto Allegre, à quelques mois d’un «forum social» qui allait réunir des dizaines de milliers de personnes dans la ville brésilienne.

lazona-snapshot1

Pour revenir aux « résidences sécurisées » — «enclaves résidentielles fermées», en langage policé façon énarque —, une alliance logique serait que Thales rachète la compagnie Monné Decroix, le spécialiste autoproclamé de « l’habitat tranquilisé ». Ils ont eu leur quart d’heure de gloire aux Big Brother Awards (édition 2003). Entre-temps c’est devenu une filiale du Crédit Agricole. En 2006 ce reportage de l’Express met un peu un pied dans la porte:

On sonne. Le joli Interphone doré est doté d’une caméra incorporée. La porte s’ouvre… sur un autre parlophone. Le sas d’observation. Souriez, vous êtes encore filmé. Trois étages plus haut, un couple de résidents allume son téléviseur, chaîne 9. L’image est en noir et blanc, mais la vue est imprenable sur le hall d’entrée. La vraie télé-réalité. «Cela décourage les intrus, confie Eric, 38 ans, mais ce n’est pas un bunker.» Chaque appartement est équipé d’une alarme, et la présence rassurante d’un régisseur complète le dispositif. Au centre de la résidence trône la piscine, elle aussi grillagée. Il faut une clef pour y barboter entre voisins. Mais pas de caméra en vue autour du bassin. «Au départ, nous en installions, mais nous les avons retirées par crainte du voyeurisme», explique Robert Monné, du groupe Monné-Decroix. (…)

Un ghetto de riches paranoïaques? Non. Ces petites forteresses s’adressent majoritairement aux classes moyennes. «Ce sont elles qui subissent de plein fouet le sentiment d’insécurité, observe le psychiatre Serge Hefez. Les plus aisés, eux, vivent déjà dans des lieux privilégiés et protégés.» A Bussy, un 3-pièces se loue moins de 800 euros par mois. «Nous voulons offrir le confort au plus grand nombre, affirme Robert Monné. La sécurité en fait partie.» Une stratégie payante pour le groupe, qui a construit 250 résidences dans l’Hexagone et dont le chiffre d’affaires a été multiplié par 5 en dix ans.

Il y en aura pour tout le monde, car les autres vendeurs de maisons témoins s’y mettent aussi. Bouygues Immobilier, par exemple, pour qui «la sécurité est une des préoccupations majeures de nos clients». C’est ce qu’expliquait en 2005 François Madoré, un géographe rennais, dans une étude de fond très documentée:

Le principal foyer émetteur de l’innovation serait Toulouse, où le groupe Monné Decroix apparaît comme le chantre et le pionnier, depuis le début des années 1990, de l’enclosure résidentielle en France. Puis, par effet de mimétisme, d’autres promoteurs ont intégré cette prestation dans leur production, favorisant sa banalisation. (…)

En clair, l’enclosure d’un complexe résidentiel avec contrôle des accès permet au promoteur de se démarquer de la concurrence, donc d’offrir une prestation commerciale distinctive, comme l’illustrent quelques extraits des entretiens réalisés auprès des promoteurs immobiliers :

  • Bouygues Immobilier : « Cet aspect de clôture, c’est un argument commercial évident ».
  • Malardeau (promoteur toulousain), à la question « Pourquoi avez-vous pris cette orientation de fermeture ? », la réponse est sans ambiguïté : « C’est uniquement dans un but commercial… tous nos confrères de la profession clôturent, la demande étant à la clôture… on ne fait que s’aligner sur ce que fait la concurrence ».
  • Sagec (promoteur toulousain) : « La clôture, le portail automatique sont un argument [de vente] au même titre que le carrelage, que la faïence, ça fait partie des prestations de la résidence ». Et lorsque nous l’interrogeons sur la possibilité de construire des programmes qui ne soient pas clôturés, sa réponse semble imprégnée de fatalisme : « possible oui, après est-ce que c’est envisageable, non je ne suis pas sûr […] effectivement, dans l’absolu on peut le faire, est-ce que c’est pertinent commercialement, j’en suis moins sûr ».

Si c’est le commerçant qui l’affirme…

commentaires
  1. […] } La Zona, propriété privée Thales met sa zone à Mexico, numéro lambda Lire aussi : – Site du film – Memento films – AlloCiné – Zéro de conduite – “La Zona, […]

  2. […] par le groupe français dans le chantier sécuritaire de la capitale mexicaine. Au moment où sortait au cinéma l’excellent film « La […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s