Tirez sur le messager… il en restera toujours quelqu’un

Publié: 22/05/2009 dans A suivre
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COMBIEN D’HEURES
DE GARDE A VUE
POUR CETTE PHOTO ?

CSAtract+sq

Le délit d’opinion n’existe pas, bien sûr. C’est encore trop crado pour que les politiques et leurs valets du privé—qui aiment aussi à museler les mécontents qui détournent leurs logos ou appellent au boycott de leurs produits—s’y adonnent ouvertement, alors il est de bon ton de nos jours de s’attaquer plutôt aux intermédiaires, aux relayeurs de la libre parole. L’affaire de Tarnac, comme celle d’autres personnes inculpées suite à des contestations un peu trop bruyantes, n’a pas révélé l’once d’une association de malfaiteurs à visées «terroristes». Mais en revanche, elle a mis à jour une concrète armée de l’ombre de pensées et d’écrits subversifs. Quand on ne peux pas juger des « ennemis intérieurs » sur pièces, sur des faits précis qui conviendraient à la loi, on s’en prend à leur idées, leurs déclarations, leurs prises de position — voire même leurs pancartes… Car ces écrits, aux yeux des robocops de l’antiterrorisme, relèvent «l’intentionnalité» d’un délit ou d’un crime possible, même si cette intention relève de l’imaginaire collectif. Ainsi, on applique avec un peu d’avance les préceptes du fichage « à la Edvige », c’est à dire qu’on surveille «l’environnement de la personne» afin de la fragiliser, sans pour autant apporter plus de preuves aux faits reprochés.

On a vu bien-sûr Eric Hazan, l’éditeur de L’insurrection qui vient (La Fabrique), se faire cuisiner dans les règles, le 9 avril, par la brigade antiterrorisme de la PJ (la SDAT). Puis on s’en est pris aux membres des comités de soutien aux inculpés du 11 novembre, les 9 de Tarnac. Fin avril, Tessa, au volant de sa voiture en plein Paris, est ainsi appréhendée par des flics en civil au point qu’elle a cru, un instant, à un car-jacking ! Qu’est-ce que la police trouve dans son coffre? Des paquets d’exemplaires du livre du Comité invisible qui fait tant peur à l’Etat français. Cera-ce une circonstance aggravante? On va voir si les juges vont oser inscrire à charge cet élément dans le dossier d’instruction — «détention, transport et mise à disposition de documents subversifs menaçant la sûreté de l’Etat», il doit bien y avoir un article du code pénal qui ressemble à ça…

(en vidéo: voir son témoignage recueilli par Médiapart)

Et puis le 18 mai, coup de chapeau à la SDAT : elle a placé en garde à vue, dans la région de Rouen, 3 personnes soupçonnées d’avoir été assez proche du « cerveau présumé » des pseudos sabotages de la SNCF pour avoir participé à des réunion en Grèce, l’été dernier… Bilan: 72 heures de garde à vue, régime d’exception oblige (96 heures – 4 jours maximum, ils ont donc bien été traités !) Ils ont tous été libérés sans qu’aucune charge ne pèse contre eux.

CSAtract1CSAtract2Le même jour, rebelote à Forcalquier (Alpes de Haute Provence), où cette fois 5 dangereux suspects se sont fait pincer et garder à vue pendant 80 heures. Parmi ces derniers, un éditeur, tiens donc, suspecté non pas pour des écrits qu’il a publié, mais pour la tonalité d’un tract «considéré comme une menace pour Bernard Squarcini, le directeur central du renseignement intérieur (DCRI)», car sur ce tract mentionnait une photo (reproduite en tête – cf le blog juralibertaire) montrant l’interphone d’une propriété, qui se trouve être la résidence secondaire de Digne-les-Bains de Squarcini… Il faut dire que ces tracts portent la signature CSA, pour «Comité de sabotage de l’antiterrorisme», et ont organisé plusieurs réunions publiques reprenant cette figure de style, et non un appel à la lutte armée: «Sabotons l’antiterrorisme!». L’auteur « présumé » de la fameuse photo a lui aussi du subir une garde à vue, passée sous silence. Là aussi ils n’ont pas été mis en examen.

En attendant, le « cerveau » présumé des opérations de «sabotage» est écroué depuis le 15 novembre. Sa quatrième demande de remise en liberté a été rejetée la semaine dernière. Il vient de s’exprimer par écrit dans les colonnes du journal Le Monde: « La révolte a des conditions, elle n’a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l’Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d’opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu’un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n’a aucun titre à exister et mérite seulement d’être mis à bas ? C’est une affaire de sensibilité. »

(MAJ 28/05: Coupat est donc sorti, une libération en trompe l’oeil quand on voit la sévérité du contrôle judiciaire. Présumé quoi déjà? Tout continue. ->@ù¬ηωΨ)

commentaires
  1. jide dit :

    Le « cerveau » présumé des opérations de «sabotage» montre en tout cas qu’il en a un (de cerveau), et qu’il s’en sert plutôt bien: Les 4 pages que lui consacre Le Monde sont assez juissives… http://jide.romandie.com/post/12008/157200

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