Appel au boycott des évaluations CE1

Publié: 26/05/2009 dans A suivre
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Passer son premier exam à 7 ans, ça forme la jeunesse ! 

Après les écoliers de CM2, c’est en effet au tour de leurs camarades de CE1 — quelques 816.000 enfants, d’écoles publiques et privées — de devoir se plier à une «évaluation» de leurs connaissances. Celles des enfants de CM2 se sont déroulées en janvier, en plein milieu de l’année scolaire — cherchez l’erreur —, cette fois cette obligation nationale se déroule cette semaine, jusqu’au 30 mai. Allez savoir pourquoi, la plupart des syndicats d’enseignants se sont ouvertement prononcé contre cette vaste opération statistique. La CGT et SUD appelant même à un boycott total en invitant les profs des écoles à faire jouer leur droit de grève. Sur le fond et la forme, ce premier contrôle scolaire pose énormément de questions. 


 

Il y a déjà eu un sacré bug dans cette belle mécanique. Un petit détail avait en effet échappé à la vigilance des soldats de Xavier Darcos: pour faire remonter ces infos à Paris et opérer un bilan express de ces évaluations (bilan effectué début mars), il a fallu mettre en place un fichier informatique plutôt costaud pour traiter ces données, d'autant qu'il fallait s'assurer que les résultats communiqués à Paris restent totalement anonymes. Le problème, c'est que la déclaration de ce fichier à la CNIL s'est fait dans la précipitation, si bien qu'au premier jour des évaluations de CM2, le 19 janvier, la CNIL n'avait toujours pas délivré son "récépissé". Si bien que le système était totalement hors-la-loi — une broutille de plus pour Darcos... A priori, c'est le même système qui devait être utilisé pour les évaluations des CE1 — nous attendons encore des précisions sur ce point (1).

Sur le volet pédagogique, il y a beaucoup à redire. Le ministère de l’éducation (MEN) claironne que cette initiative va permettre de «disposer d’indicateurs fiables des acquis des élèves pour mieux piloter le système éducatif et favoriser l’égalité des chances de l’école au niveau national». Le questionnaire est même présenté fallacieusement comme une petite formalité:

  • En français : lire à haute voix un texte comprenant des mots connus et inconnus ; rédiger un texte de 5 à 10 lignes ; orthographier sous la dictée quelques mots simples.
  • En mathématiques : écrire ou dire des suites de nombres ; résoudre des problèmes concrets.

En réalité, le livret de l’élève (cf le fichier PDF) est un questionnaire austère de 24 pages que les élèves de 7 ans vont devoir déchiffrer, comprendre, interprêter, le tout dans une ambiance de contrôle intensif plutôt inabituel pour de si jeunes enfants. Ça les formera sans doute plus vite à la culture du résultat et au stress inhérent au « marché du travail »….

Comme l’avance Claude Didier, directeur d’école dans l’Isère dans une longue analyse critique de ce procédé: 

«Le temps pour chaque exercice est limité, très limité même. On ne mesure donc pas la réussite des élèves mais leur adaptation à des exercices artificiels, en dehors du contexte d’apprentissage, en un temps – court – donné. Un élève ayant compris mais lent à l’écrit ou désorienté par la situation de contrôle solennel (on en a tous dans nos classes) n’obtiendra pas les résultats attendus. Comme si cette contre-performance allait l’aider à devenir plus rapide.». 

Un questionnaire austère?

Un questionnaire austère?

Cet enseignant ne manque pas de noter l’austérité du questionnaire.

«Le cahier de l’élève est d’une tristesse à toute épreuve. Si le souci esthétique a peu d’importance en soi, le danger est réel: il provient du cadre imposé aux élèves. Déjà potentiellement refroidis par la pression installée autour de ces évaluations, les élèves qui ont besoin d’un cadre rassurant et stimulant, avec des illustrations, une mise en page agréable, ne le trouveront absolument pas. Quasiment tous les exercices souffrent de cette absence, délibérée ou non, d’une ambiance chaleureuse offrant des repères. Concrètement, ce sont les élèves faibles qui souffrent de cette présentation inadaptée. Exemples les plus significatifs : les exercices de lecture et les problèmes, qui « ne parlent pas ». Aucun repère iconographique en lecture pour un texte difficile d’une bonne demi-page.» (…)

Il dénonce aussi un niveau trop élevé des exercices pour les élèves en difficultés. Dans quel but?

«Etre lancé et avoir confiance grâce à une première situation plus accessible est un luxe que le ministère ne peut concevoir, ne peut offrir à l’ensemble des élèves. (…) Tant pis si les élèves en difficulté ont tout faux alors qu’ils ont compris l’exercice mais sont déroutés par le degré de difficulté initial. Un quart des exercices proposés correspond à un niveau intellectuel trop élevé pour l’âge des élèves. Les compétences, dans le meilleur des cas, sont en cours d’acquisition (…). S’il s’agissait d’exercices de fin d’évaluation à proposer à ceux qui peuvent aller plus loin, après des exercices à la portée de l’ensemble de la classe, on comprendrait. Mais ce n’est pas du tout le cas : ce sont les seuls exercices permettant d’évaluer l’acquisition des compétences concernées ! (…) On ne cherche pas à savoir si les élèves comprennent quelque chose mais s’ils savent appliquer mécaniquement des consignes ou des techniques. Aucune référence à des exemples (en grammaire et en vocabulaire), aucun exercice d’observation des règles d’accord en orthographe grammaticale. Pas d’incitation à utiliser des outils de référence comme l’ordre alphabétique, les tables de conjugaison, les nombres (jusqu’à 20 et les dizaines exactes) écrits en lettres, les tables de multiplication, le calendrier … Pas de recours à la schématisation en technique opératoire, pourtant si utile pour les élèves pas encore mûrs pour l’abstraction !»

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Ex. 20: «Le directeur d’une école de cinq classes prépare les commandes de matériel (...)

Les enseignants dénoncent aussi l’aberration d’une notation « binaire » (0 ou 1), comptant sur un tiers des 20 exercices ! De quoi mettre «en échec les élèves sans la moindre nuance. Les anciennes évaluations nationales, malgré leurs défauts, permettaient d’analyser avec finesse les différents degrés de réussite des élèves. C’est sans doute trop compliqué pour le ministère ! Le codage binaire permet de faire des économies et un tri plus radical !», rappelle Claude Didier.

Enfin, dit-il, «Les évaluations nationales servent à ficher les élèves, les enfermant dans un déterminisme qui déshumanise l’éducation». «Que ce soit directement dans Base Elèves ou dans des bases de données parallèles, le résultat est le même : la traçabilité des élèves. Aucune garantie ne peut être donnée sur l’absence de croisements de fichiers entre différentes administrations. Les efforts jusque là consentis pour tenir compte de l’élève dans toute sa personnalité, au moment de l’étude de son orientation, sont voués à disparaître, au profit d’une sélection numérique, déjà à l’œuvre dans des orientations universitaires.»

Lire ici l’intégralité de l’analyse de Claude Didier.
Il est par ailleurs membre du Collectif de résistance à Base élèves
et l’un des 200 directeurs d’école à refuser de ficher des élèves.


(1) Selon un document public diffusé dans les académies: «Une application locale sera installée sur l’ordinateur de l’école par téléchargement. Les enseignants saisiront les codes de chaque élève (1, 0, A pour absent) sur un tableur compatible avec tous les systèmes d’exploitation. Une application nationale permettra la transmission des résultats (anonymés) vers le ministère.»

commentaires
  1. lili dit :

    il est plus important d’évaluer que de fermer les yeux. il est du rôle du ministère de faire le point sur ce qui est acquis, et surtout ce qui ne l’ai pas. il est de celui des parents et enseignants de travailler sur ces points et non de les utiliser contre l’enfant.

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