La mégabanque de l’UE déchire l’Afrique en alimentant les paradis fiscaux

Publié: 30/09/2009 dans A suivre
Tags:, , , , ,

Image 3

Mufulira, nord de la Zambie. Un quartier entier a été défiguré par la construction d’une mine de cuivre en pleine zone urbaine. Exploité par le consortium Mopani Copper Mine, « elle rejette du souffre dans l’air qui devient alors irrespirable, et le sol est tellement acide qu’il faut faire un jour de marche pour trouver des terres fertiles », selon le témoignage d’une chef de mission de l’ONG Les Amis de la terre, qui était sur place en mars 2009. En consommant l’eau contaminée par une fuite d’acide causée par la mine, 700 personnes ont ete empoisonnées, c’était en janvier 2008.

mufulira-mapRéjouissez-vous, ce beau projet vous l’avez un peu payé: la mégabanque de l’Union européenne, la BEI, a prêté 48 millions d’euros en 2005. Actionnaire majoritaire de Mopani Copper Mine: Carlisa Investment, qui a installé sa boite aux lettres aux Iles Vierges britanniques… C’est bien ça : la BEI, avec l’argent public, soutient des chantiers crades en alimentant des paradis fiscaux, comme le dénonce un rapport de juillet 2009. L’évasion, voire l’érosion fiscale : le nouveau pillage de l’Afrique.

La Banque européenne d’investissement (BEI) vient de fêter ses 50 ans. Un énorme établissement public, dont les fonds sont garantis par les 27 Etats de l’Union. Elle a prêté, en 2008, 57 milliards d’euros. Soit deux fois plus que la Banque mondiale. Siné Hebdo (24/9) a déniché des circuits plus qu’étranges, mais il est vrai que les mystères de la finance mondiale sont impénétrables.

A quoi servent ces prêts? Officiellement à « fluidifier » de grands projets d’infrastructures (transports, énergie, aides aux PME, etc.). Mais en ces temps de crise de liquidités, la BEI mouille le maillot… Exemple cocasse parmi tant d’autres : elle a décaissé 200 millions d’euros en novembre 2008 en faveur de la banque espagnole Caja Madrid (cf note officielle). Laquelle fait partie des argentiers du club de foot du Real Madrid: en juin dernier, comme l’a écrit The Guardian, Caja Madrid lui a refilé 76 millions, au moment même où le club était en train de claquer 160 millions pour s’offrir deux des meilleurs joueurs du monde. Simple coïncidence, évidemment. (…)

Peut-être que la BEI devrait se contenter de fluidifier le marché des transfert de joueurs de foot.

eibcoverUne coalition d’ONG, Counter Balance, dont fait partie les Amis de la terre en France, ont bouclé un rapport détaillé en juillet 2009 qui déplore que la BEI « investit des milliards d’euros dans des entreprises liées à des centres offshores », dont certains aident à financer des projets ravageurs en matière écologique et sociale. A peu près 10% de sa puissance financière, soit 5,66 milliards d’euros, ont atterri dans les caisses « des banques françaises, néerlandaises et anglaises les plus impliquées dans des paradis fiscaux » (à savoir Barclays Bank, Royal Bank of Scotland, BNP Paribas, la Société Générale et ING). Ajoutez à cela 210 millions d’euros qui « sont allés à des fonds africains utilisant les paradis fiscaux dans leurs stratégies d’investissement ». La plupart passant, pour investir en Inde ou en Afrique, par la case île Maurice, qui a réintégré la liste « blanche » de l’OCDE mais qui offre un régime fiscal tel que les pays « sources » sont privés d’importants revenus.

Les ONG citent 4 exemples concrets de ces nouveaux types de prédation fiscale. Voici leur petite liste, dont fait partie la mine de Mopani en Zambie:

  • Tenke-Fungurume copper/cobalt mine in DRC (République du Congo, ex-Zaire): the EIB agreed a preliminary commitment up to EUR 100 million in August 2007. The project involves the Tenke Holding Ltd./Lundin Holding, registered in tax haven Bermuda.
  • The West African Gas Pipeline from Nigeria to Ghana: the project involves the West African Gas Pipeline Company Limited (WAPCo). The company was established by the governments of the four countries as a public-private partnership and is owned by: Chevron-Texaco, Nigerian National Petroleum Corporate, Shell Overseas Holdings Limited and Takoradi Power Company Limited. WAPCo is registered in Bermuda, and will operate as an offshore company with major fiscal, environmental and social exemptions specifically allowed through the WAGP Treaty and Enabling Legislations.
  • The Bujagali Hydroelectric Dam project in Uganda: the EIB invested USD 136 million in 2007 and the beneficiary was Bujagali Energy Limited, which, according to EIB communication, “is owned by Industrial Promotion Services (Kenya), an investment company of the Aga Khan group and by Bujagali Holdings Ltd., a special purpose company affiliate of the US-based power plant developer Sithe Global Power LLC, majority owned by Blackstone SGP Capital Partners (Cayman) IV LP, an affiliate of the Blackstone Group”.
  • (note: Les iles Vierges et les Bermudes sont dans la liste « grise foncée » de l’OCDE)

mufulira-copperEt dans ce type de projets dopés à l’argent public, l’évasion fiscale peut devenir « légale »: Mopani, comme d’autres compagnies minières, a obtenu un taux d’impôts locaux de 0,6%, alors que le taux « normal » de 3% est déjà un cadeau. Quand le gouvernement a cherché à revenir aux 3%, les occidentaux ont attaqué le gouvernement pour… rupture abusive de contrat. Et inutile de dire qu’au grès des cours du cuivre, ça dégraisse à tout va, sans préavis ni indemnités, et c’est encore pire chez les sous-traitants.

Image 17Si l’on s’en tient aux seuls désastres environnementaux, c’est aussi la grande orgie. Les amis de la terre ont remis le couvert le 22 juillet en décryptant les derniers financements de la BEI et de la Banque mondiale impliquant à l’exploitation d’énergies fossiles. Ça vaut le détour.

Alors que le réchauffement de la planète est principalement du à la combustion de sources d’énergies fossiles, la Banque mondiale a doublé ses financements aux fossiles en 2008, et a augmenté son soutien au seul charbon de 256% entre 2007 et 2008, tandis que les énergies renouvelables ne représentaient que 16% de ses investissements énergétiques. Même tendance pour la Banque européenne d’investissement (BEI), la Banque de l’Union européenne, qui, ces cinq dernières années, a investi quatre fois plus d’argent dans les énergies fossiles que dans le solaire, l’éolien et le bois-biomasse réunis, et accordé des millions d’euros de prêts à l’aviation et au transport routier. (…) Entre 1997 et 2007, la Banque mondiale a financé des projets fossiles qui émettront 26 milliards de tonnes de CO2 au cours de leur durée de vie, soit 47 fois les émissions annuelles de la France.

commentaires
  1. Baba BODIAN dit :

    On voit que les memes institutions qui pretendent lutter contre le changement climatique encouragent en meme temps le rechauffement du climat,c’est à une veritable incoherence institutionnelle que mene le système financier international

  2. […] fiscaux, ça vous interpelle? C’était l’objet, l’été dernier, d’un rapport salé d’une coalition d’ONG (Counter Balance) à propos des prêts douteux de la BEI, la […]

  3. […] La mégabanque de l’UE déchire l’Afrique en alimentant les paradis fiscaux (30/09/2009) […]

  4. […] La mégabanque de l’UE déchire l’Afrique en alimentant les paradis fiscaux "Aimer" ceci :"J'aime"Soyez le premier à aimer ce post. Cette […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s