Archives de décembre, 2009

Alex Türk a encore fait une sortie remarquée devant les députés de l’Office des choix technologiques, le 15 décembre à l’Assemblée. Le président de la CNIL a comparé notre société de surveillance à un régime pire que celui de la Stasi, la police politique de l’ancienne RDA. Pourquoi pire? «La situation était moins désespérée dans l’ancienne RDA dans la mesure où ses habitants connaissaient leur « big brother », à savoir la Staatssicherheit (STASI)». Osée, la comparaison! Hasard du calendrier: le lendemain paraissait au JO le décret d’acte de naissance du fameux RNCPS, le méga répertoire national de la protection sociale (déjà évoqué ici), qui va croiser les données des principales branches de la sécu (maladie, famille, retraites, accidents du travail), consultables par les agents de Pôle emploi, de l’Ursaff, ainsi que les services sociaux des régions et des départements! Outil majeur de la «lutte contre la fraude sociale», ce fichier met en forme, avec de pseudos aménagements de façade, le funeste projet Safari des années 70.  (suite…)

«Contrôlé, arrêté, accusé, jugé en comparution immédiate, fiché»? Le Syndicat de la magistrature vient de mettre à jour son «Guide du manifestant arrêté», plutôt utile en ces temps de tentations insurrectionnelles. La page sur les gardes à vues est plus pimentée que les autres, car récemment la France s’est pris une branlée devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Comme le résument aujourd’hui le SM et les avocats du SAF, dans un courrier salé au Garde des Sceaux Alliot-Marie (.pdf), la CEDH, dans un arrêt d’octobre 2009, vient de redéfinir «les conditions de l’intervention de l’avocat en garde à vue», qui doit intervenir «dès le premier interrogatoire d’un suspect par la police», et prévoir une dérogation «sur une base systématique» (comme c’est le cas aujourd’hui en France) suffit à violer la CEDH! Et ça fout le bordel dans les commissariats. Surtout qu’un député de l’UMP cherche à inscrire tout ça dans la loi.

(suite…)

Maxibordel à Alpexpo (cliquez pour en voir plus - source: grenoble.indymedia.org)

Droit de suite. Les réunions organisées partout en France par la Commission nationale du débat public (CNDP) sur les nanotechnologies montrent leur vrai visage. Non seulement les organisateurs osent parler de « débats » sur des questions déjà tranchées (cf notre billet du 16 octobre), mais ils émettent maintenant des sortes de « critères de conformité » pour le « public » désirant y participer.

A Grenoble, temple de la nanorecherche mais aussi haut-lieu de la contestation, la réunion du 1er décembre a tourné au fiasco. La solution? «Experts et public seront dans des salles séparées», a décidé le président de la CNDP, afin «d’assurer la sérénité des débats» (sic), mais aussi, tant qu’à faire, afin «d’élargir la participation» en retransmettant le débat en direct sur internet et en ouvrant un «numéro vert» (re-sic). Notez comment ces grands pros de la manip « vendent » leur revirement en prétextant «d’élargir la participation». Mais alors, pourquoi ne pas l’avoir fait dès le début?

Cette configuration de « débat virtuel » devait être inaugurée pour la réunion de Metz le 15 décembre. Mais à Caen, jeudi 10, tout était déjà en place: filtrage policier, séparation physique entre experts et manants, et signature obligatoire d’une «charte de bonne conduite» avant de pénétrer dans la salle…


 Marathon vert. « Si on y va, on y va vraiment »

Le Président Sarkozy a hâte de sauver la planète. Mais comment rallier le sommet de Copenhague sans brûler trop de carbone ? Course contre la montre.

Texte & voix: Guillaume Podrovnik & Marie-Andrée de St-André.
Source: Arteradio.com(crédit météo: le Journal du futur)

La carte au trésor

Droit de suite. Dans un précédent billet, nous proposions la création d’une Haute autorité, façon Hadopi, pour régler le problème des paradis fiscaux. HATOPIF pour «Haute autorité pour la transparence des opérations et la prévention des infractions financières», ça sonnait bien.

Finalement, Eric Woerth l’a joué petit bras. Il s’est contenté d’un vulgaire fichier — EVAFISC — officialisé par arrêté tout récemment. Il devrait lister les détenteurs de «comptes bancaires détenus hors de France», «déclarés ou non» ajoute Le Monde (1/12/09). Des entreprises feront, également, partie du fichier Evafisc. Mais la vraie question, c’est de savoir si les trusts, ces fondations opaques qui servent de prête-noms à de riches personnalités pour rester anonymes, seront aussi de la partie. Car un fichier, il faut bien le remplir. Pour choper les fameux 3.000 comptes en Suisse qui ont servi d’appât pour faire revenir au bercail d’autres fraudeurs, Eric Woerth ne pourra pas toujours compter sur la fibre citoyenne d’un cadre de la banque HSBC, qui a « vendu » la mêche — gracieusement, il paraît…— au fisc français. Bref, il faudra toujours aller les dénicher, les fraudeurs friands de comptes off-shore, avant qu’on ne les fiche. Leur seule chance: pas de double peine. Pas question de leur demander un prélèvement ADN. Les délits financiers sont toujours exclues du fichage génétique. Chacun sa merde.

Alors comme ça, le Conducator à cocarde se serait laissé déborder? Débordé par le fameux «débat» sur l’identité nationale, organisé en catastrophe par son porte-flingue Eric Besson au début du mois de novembre. Si l’on en croit la page 2 du Canard enchaîné de cette semaine, Sarko aurait avoué son impuissance: «Ce débat tourne très mal. D’après ce qui me remonte, des tarés racistes s’en donnent à cœur joie. Les préfets ne savent pas comment faire. C’est épouvantable. 20% des contributions écrites ne sont pas publiables. Oralement, c’est encore pire. Ils croulent sous les insultes xénophobes. (…) Il faut occuper le terrain et ne pas laisser le sujet au FN.» On n’ose croire que les conseillers multi-casquettes du Président, qui joue au faux-naïf, ne l’aient pas prévenu de ce risque de collusion avec les amis de Le Pen. Son « collaborateur », François Fillon, est plus clairvoyant (même source): «Personne n’est sûr que ce débat soit une bonne parade contre le Front national. Ni même que cela fasse remonter l’UMP [pour] les régionales. Il est vrai qu’initialement […], quand Sarko l’avait fait lancer par Besson, il pensait que c’était un bon moyen de faire chier la gauche et de faire baisser le Front national.»

Résultat, parmi tant d’autres sans doute, ce reportage de France3 Midi-Pyrénées (9 décembre, 19/20), suite à un « débat » organisé par le préfet du Tarn à la Chambre de commerce de Castres.

[plan large]

PS. — Tout cela étant confirmé par un conseiller municipal de Castres, présent à ce « débat » ce soir-là. «Écœurant.»

Au moment où le feuilleton Edvige entre dans sa « saison 2 », avec nouvelle pétition et nouveaux recours devant le Conseil d’Etat, les 27 membres de l’UE préparent une inquisition policière numérique tout aussi préoccupante. Si le gouvernement a abandonné l’idée, la mort dans l’âme, de ne plus enregistrer de données relatives à la santé et la sexualité, voilà qu’elles reviennent par la fenêtre par la grâce d’une discrète réforme d’Europol, l’office de coopération policière de l’UE qui doit changer de statut au 1er janvier 2010, dix ans après sa naissance. Le pire, c’est que cette réforme s’opère — un peu comme en France — malgré l’opposition unanime du Parlement européen, alors que le nouveau Traité de Lisbonne, qu’on nous a forcé à avaler, aurait pu l’éviter! (suite…)