Archives de février, 2010

Mardi 23 février avait lieu à Paris — dans la cossue Maison de la Chimie, et non à la Villette comme prévu initialement — le « débat de clôture » de la CPDP sur les nanotechnologies. Les dernières réunions ont été soit annulées, soit recluses dans de discrets bunkers, le tout filmé pour être diffusé sur internet.

Ce soir-là, c’était sur invitation, dans le quartier des ministères (rue Saint Dominique), avec devant la porte deux fourgons de CRS, vigiles et filtrages à l’entrée. Quelques jours avant, les organisateurs de cette mascarade « démocratique » (des prestataires privés comme I&E Consultants) ont été pris la main dans le pot de confiture, en train de constituer des petits dossiers, photos en couleurs à l’appui, pour identifier et refouler les « perturbateurs ». De leur côté, ces mêmes perturbateurs animaient un « autre débat public », près de la Villette justement, et préparaient deux actions pour le lendemain dont l’une au siège de Thalès (ou TaLaisse, au choix) . «Nous avons saboté la campagne de promotion de la CNDP, et nous n’en resterons pas là !» (suite…)

«A 6H10, quatre hommes et une femme ont frappé à ma porte, ont dit que c’était la police. J’ai ouvert. Ils portaient des gilets pare-balles.  Je ne me souviens plus si ils m’ont montré un papier dès leur arrivée. Je sais que j’en ai signé un après mais ne me rappelle plus quoi. Ils m’ont  parlé des «mes engagements politiques de gauche». Tout ce moment reste très flou, j’étais surprise et je me demandais ce qu’il se passait. Au bout d’un moment ils m’ont dit chercher des bombes de peinture et m’ont parlé de destruction de DAB (distributeur automatique de billets). Ils ont cherché de la « littérature subversive ». Ils ont pris en photos des livres (le dernier de RESF, « De la désobéissance civile »…), ils ont fouillé partout…» (suite…)


La revue Damoclès a évoqué le 12 février — veille du 50ème « anniversaire » de la première bombe A testée en Algérie en 1960 —le contenu d’un rapport «confidentiel défense» rédigé après la décision de Chirac d’arrêter les frais en 1996. «L’objet du présent rapport est de rendre compte chronologiquement, et de la manière la plus fidèle possible, de cette grande aventure scientifique rendue possible par des choix politiques judicieux, mais surtout par la compétence des personnels des Armées et du CEA.» Avec quel tact ces choses là sont dites! Cette affaire — pas forcément très fraîche — est une très bonne occasion de revenir sur la loi du 6/01/2010 portant sur la «réparation des conséquences sanitaires des essais nucléaires français». Un fonds d’indemnisation de 10 millions d’euros pour potentiellement 150.000 victimes. Soit 67€ par tête. Impossibilité de se retourner ensuite contre l’Etat pour un autre préjudice. Et les promesses d’ouvrir les archives ont été enterrées. Comme un radioélément, le culte du secret militaire a la vie longue, très longue. (suite…)

Paris, Prefecture de police (jet 2010)C’est un peu l’histoire d’un repenti. Peter Kovesi, un ingénieur en informatique de l’université de Crawley, en Australie, avoue avoir été «frustré pendant des années à tenter d’aider la police à identifier des individus à partir d’images de vidéosurveillance». Il est presque d’accord avec le gouvernement français: pour lui le terme «caméra de surveillance» (security camera) n’est plus approprié. En fait ce serait plutôt de la vidéotransparence, dans le sens où les caméras s’avèrent «legally blind, or nearly so» — «aveugles juridiquement, ou presque». Une vrai tuile pour Brice Hortefeux et son grand chef, pour qui l’efficacité de la vidéosurveillance n’est plus à démontrer. Mais alors si le seul intérêt policier de ces dispositifs — reconnaître et identifier des visages — n’est même plus garanti, à quoi sert la toute fraîche proposition de loi de JF Copé, qui cherche à interdire quiconque de dissimuler son visage pour échapper aux caméras espionnes? (suite…)

« Quant l’information va mal, c’est toute la démocratie qui est en danger ». Wahou! Quel programme. Arte nous invitait la semaine dernière à voir un documentaire de 26’ qui a bénéficié d’une promotion plutôt inhabituelle, intitulé « Huit journalistes en colère ».

Dans les rôles titres, voilà quels étaient les « journalistes » conviés à s’exprimer sur ce sujet brûlant pour la démocratie: FO Giesberg (Le Point, ex-Figaro), Chabot et Pujadas (F2), Philippe Val (France Inter, ex-Charlie), Elkabbach (Europe 1), enfin Fottorino (Le Monde) et Plenel (Mediapart, ex-Le Monde). Douze ans après « Pas vu pas pris », de Pierre Carles, qui mettait son nez dans les relations incestueuses entre médias et politiques, un tel casting a de quoi faire flipper ! (3 vidéos à suivre) (suite…)

times 17-3-84 discours malreporté afrique rectifier…
times 3-12-83 report ordrejour bb trèsmauvais ref unpersonnes récrire entier soumettrehaut anteclassement…

«1984» (Ch. 4).

Rien de plus convaincant qu’une petite citation de George Orwell pour aborder l’hallucinant amendement que veut faire passer le gouvernement dans la fameuse LOPPSI-2, en discussion à l’Assemblée depuis le 9 février. Ça n’a rien d’une surprise: le terme « vidéosurveillance » est si nocif pour nos gouvernants qu’ils veulent imposer par la loi son élimination définitive du dictionnaire réglementaire. La « novlangue » (newspeak) inventée par Orwell fini donc par apparaître si clairement dans le Journal Officiel. Le pire, c’est que le Parti socialiste n’a pas bronché et et en viendrait presque à revendiquer la mesure… Et pourquoi ne pas aller plus loin, en baptisant cette science « vidéo-tranquillité »? Une idée qui avait valu à son promoteur, le député UMP de Paris Philippe Goujon, une belle citation aux Big Brother Awards.

(suite…)

[Mise à jour indispensable ici] Souvenez-vous, en février 2009 un vent de fronde interne au Conservatoire des arts et métiers se levait au sujet de la création, sur mesure, d’une « Chaire de criminologie appliquée » pour le grand manitou de la sécurité intérieure Alain Bauer. Trois profs du CNAM avaient osé lancer une pétition et signé une tribune dans Le Monde pour s’étonner, entre autres choses, que les principes les plus élémentaires du CNAM en matière de recrutement aient été si ouvertement ignorées. C’était l’occasion de se pencher un brin sur le CV si épais de cet autre retourneur de vestes professionnel (passé par le PS, il est aujourd’hui proche de l’UMP)—cf nos archives.

Et bien quel n’est pas notre surprise d’apprendre que Bauer va changer de planète. Il doit annoncer lundi soir 8 février, lors de sa « leçon inaugurale » au CNAM, qu’il va abandonner (!) la plupart de ses fonctions dans de nombreuses commissions parapubliques, dont la présidence du « baromètre » du ministère de l’Intérieur, le fameux Observatoire national de la délinquance, rebaptisé « et de la répression pénale » (ONDRP). Plus fort: il devrait aussi larguer sa petite entreprise, AB Associates, créée en 1994, un cabinet privé de conseil en sécurité urbaine, dont le chiffre d’affaire, dixit l’AFP qui a sans doute vérifié, est en hausse constante depuis 2005, pour afficher 3,1 millions en 2008 (+ 26% sur un an!) pour une rentabilité nette de 20%! Il veut même lancer une Fondation pour conjuguer « sécurité » et « respect de l’individu ». Nous avons immortalisé la (vrai-fausse) dépêche AFP (.pdf) qui nous laisse pantois—on en viendrait presque à le féliciter!
[Mise à jour indispensable ici]

Le Syndicat de la magistrature nous apprend que la CNCDH, la commission consultative sur les droits de l’homme, vient d’adresser à la France (avis du 4/02 .pdf) une sacrée piqûre de rappel. Cela fait près de 10 ans qu’après avoir ratifié la convention qui établissait la CPI (Cour pénale internationale), la Grande France est toujours dans les choux: elle n’a toujours pas adapté son droit pénal! C’est bien, devant l’ONU, de donner des leçons aux USA pour leur propension guerrière et pour, justement, s’opposer aux principes mêmes d’une CPI. Mais quand, dans le même temps, on tergiverse pendant dix ans, c’est tout aussi scandaleux. Sarko, Kouchner et leur clique risquent d’être hués fin mai en Ouganda, lors d’une conférence internationale qui va compter ses bons et mauvais élèves. (suite…)

Lire nos derniers papiers sur le sujet

[UpdateFin de partie! Les 3 derniers débats —Nantes le 9, Montpellier le 16 et Paris le 23— sont annulés!]

Nous recevons des nouvelles du dernier barnum organisé par la Commission du débat public (CNDP) sur les nanotechs, qui se déroulait à Orsay, le 26 janvier, et qui a été purement et simplement annulé. C’est là que doit s’installer le futur « pôle » Nan’Innov. Ce 26 janvier, il devait s’agir de causer « convergences NBIC ». De quoi? NBIC: nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives. Tiens donc, c’était le sujet de notre billet d’hier sur la neuropolice.

Bref, après Grenoble, Lyon et Marseille: débat annulé. Ou plutôt débat «transféré» sur internet. Raison invoqué: des «dégradations» qui ont eu lieu avant le meeting. En fait: de simples tags… On se serait trompé de bombes? Pour donner leur visioconférence, l’armada d’experts et de technocrates se sont réfugiés dans un hôtel Novotel, «perdu en pleine zone industrielle de Massy-Palaiseau», indiquent des témoins (gênants). «Sur les coups de 20h, ces derniers entrent dans l’hôtel [et] en plus des quelques vigiles, c’est une puis deux équipes de la BAC qui déboulent dans le hall prêt à intervenir, plus tard un fourgon les rejoindra, au total plus d’une vingtaine de flics quadrillent la salle du débat. (…) Un petit conseil aux camarades de Montpellier et Nantes (prochaines villes étapes du débat pipeau), surveiller les Novotels du coin, la CNDP aime s’y réfugier…»

Prochain rdv parisien: Le « débat final » à la Vilette, mardi 23 février, est donc annulé.

Le comportement humain parait insondable et pourtant, la course au détecteur miracle fait toujours fureur. Le sous-ministre aux transports Dominique Bussereau, relayé comme il se doit par Le Figaro, rêve d’envoyer des patrouilles de profilage criminel dans les aéroports pour repérer les futurs terroristes. Conscient sans doute que l’arrivée des nouveaux scanners n’est pas pour demain, le ministre a donc trouvé autre chose pour occuper le terrain: «Il y a certainement une meilleure analyse comportementale des gens à avoir». Un cadre d’Air France est plus précis: «Il faudrait faire du profiling en amont, dans les files d’attente, plutôt que de faire remplir les mêmes questionnaires à tout le monde. Il faut aussi renforcer les contrôles sur le personnel de sûreté.» Problème: ce profilage va sans doute encourager le contrôle au faciès. Ah, pas terrible comme effet second. Alors imaginez l’intérêt d’une machine qui détecterait automatiquement les personnes « à risques »?  (suite…)