Journalisme: 8 apparatchiks en colère

Publié: 16/02/2010 dans A l'arrache
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« Quant l’information va mal, c’est toute la démocratie qui est en danger ». Wahou! Quel programme. Arte nous invitait la semaine dernière à voir un documentaire de 26’ qui a bénéficié d’une promotion plutôt inhabituelle, intitulé « Huit journalistes en colère ».

Dans les rôles titres, voilà quels étaient les « journalistes » conviés à s’exprimer sur ce sujet brûlant pour la démocratie: FO Giesberg (Le Point, ex-Figaro), Chabot et Pujadas (F2), Philippe Val (France Inter, ex-Charlie), Elkabbach (Europe 1), enfin Fottorino (Le Monde) et Plenel (Mediapart, ex-Le Monde). Douze ans après « Pas vu pas pris », de Pierre Carles, qui mettait son nez dans les relations incestueuses entre médias et politiques, un tel casting a de quoi faire flipper ! (3 vidéos à suivre) Voilà ce document, à vous de juger.

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Pour notre part, nous l’avons trouvé insipide (et encore, Arte annonce un sujet de 40 mn, au final il n’en fait 26 — ouf!), complaisant, et d’une banalité affligeante pour cette brochette d’apparatchiks qui s’offrent ainsi une belle vitrine pour exposer leurs « cas de conscience ».

Un « documenteur » conduit de main de maître, un comble, par un autre membre de la secte: Denis Jeambar, ex-apparatchik du Point, puis de L’Express, et maintenant à VSD, réputé pour son intégrité, son sérieux, et tout et tout… Le plus fort dans tout ça, c’est que Arte a laissé réaliser un tel sujet par le propre employé d’une des personnes interrogées, à savoir le papivore Axel Ganz, patron de Prisma Presse, dont fait partie l’hebdo VSD. Erreur de casting ou acte délibéré? Du foutage de gueule intégral. Surtout venant de cette brochette d’encartés dont a plupart — mettons de côté Plenel et Fottorino —, habitués à communiquer plutôt qu’à informer.

L’escroquerie sous-jacente de cet exercice de « blanchiement éditorial », c’est que les «8 journalistes en colère» ne sont pas du tout interviouvés dans les règles. Pas de confrontation, pas de questions gênantes: Denis Jeambar les a filmé chacun à leur tour, seuls face caméra, façon « Confessions intimes », l’une des émissions les plus trash de toute l’histoire de TF1 (absente du casting, ça tombe bien)!

Alors nous ne résistons pas au plaisir de revenir sur le film de Pierre Carles, que Canal+ a commandé, puis déprogrammé, et finalement censuré, au milieu des années 90. Carles était allé voir tout ce que le petit écran comptait de stars de l’info (Vileneuve/TF1, Nahon-Benyamine / France2 pour Envoyé spécial, Guillaume Durant, Duhamel…), avec un document comme pièce à conviction: un entretien très amical entre le ministre de la Défense de Chirac, François Léotard et le vice-patron de TF1 Etienne Mougeotte, en juin 1994, « saisis » à leur insu avant une retransmission. Le film de Pierre Carles sortira en salles en 1998.

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Si l’on va encore plus loin, il est intéressant de revoir aussi le film réalisé par Carles dans la foulée, « Enfin pris? », terminé en 2004, où il était question plus directement de la critique de la télévision — et du traitement de cette critique à la télévision. Où il est question de Pierre Bourdieu et de Daniel Schneidermann, un ancien du Monde qui était à l’époque présenté comme un journaliste pugnace, intègre et « rentre-dedans » avec les invités de son émission phare, « Arrêt sur images » (qui n’est plus à l’antenne depuis 2008 — mais continue sur le web à exister).

Dans cette première partie, on revoit avec quelle mansuétude Schneidermann et son équipe ont reçu en 2001 Jean-Marie Messier, à l’époque Maitre du monde et de Vivendi Universal . Un entretien « sans contradicteur », alors qu’il refusera cette « faveur » à Pierre Bourdieu, à qui Schneidermann faisait une cour effrénée pour qu’il revienne dans son émission, après une première expérience catastrophique pour le sociologue.

A méditer, petits soldats du journalisme…

(Partie 2 à voir ici)

A noter que le titre de ce faux-semblant fait allusion au film de Sydney Lumet de 1957, « Douze homme sen colère » (Twelve Angry Men), une oeuvre implacable contre la peine de mort. Si le journalisme de Denis Jeambar est dans les couloirs de la mort, la brochette d’avocats qu’il a trouvé l’a déjà enterré.

commentaires
  1. […] « 8 journalistes en colère ». Déjà chroniqué ici même dans le billet « 8 apparatchiks en colère », ce n’est qu’une tentative désespérée de réhabilitation confraternelle, des […]

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