CPDP pour “Commission particulière de la débandade publique”

Publié: 27/02/2010 dans A suivre
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Mardi 23 février avait lieu à Paris — dans la cossue Maison de la Chimie, et non à la Villette comme prévu initialement — le « débat de clôture » de la CPDP sur les nanotechnologies. Les dernières réunions ont été soit annulées, soit recluses dans de discrets bunkers, le tout filmé pour être diffusé sur internet.

Ce soir-là, c’était sur invitation, dans le quartier des ministères (rue Saint Dominique), avec devant la porte deux fourgons de CRS, vigiles et filtrages à l’entrée. Quelques jours avant, les organisateurs de cette mascarade « démocratique » (des prestataires privés comme I&E Consultants) ont été pris la main dans le pot de confiture, en train de constituer des petits dossiers, photos en couleurs à l’appui, pour identifier et refouler les « perturbateurs ». De leur côté, ces mêmes perturbateurs animaient un « autre débat public », près de la Villette justement, et préparaient deux actions pour le lendemain dont l’une au siège de Thalès (ou TaLaisse, au choix) . «Nous avons saboté la campagne de promotion de la CNDP, et nous n’en resterons pas là !»

l'invitation du 23 février

Le plus drôle sans doute, c’est ce « communiqué de la CNDP » que les anti nanos mettent en patûre sur leur site internet. Croustillant à souhait:

Ce mardi 23 février 2010, les opposants à la tyrannie technologique organisaient un débat public, à la CIP à Paris. Ce débat concluait la campagne visant à saboter les vrais débats démocratiques que nous avions organisés. Longtemps nous avons hésité à venir perturber cette mascarade à la manière des opposants. Nous avions préparé des banderoles (« Pour une science sans conscience », « Opposants totalitaires, le débat c’est entre experts », « le débat on s’en fout, on veut des nanos partout »). Nous avons finalement préféré nous abstenir et les laisser dans leur ignorance crasse. De toute manière nous n’aurions jamais pu supporter la manière dont était organisé le débat. Ce que nous a confirmé le rapport de notre attachée de presse, Tanaquil Papertian, qui travaille pour I&E consultant. Pour l’occasion, elle s’est infiltrée parmi les opposants, déguisée en hippie cévenole avec une fausse moustache. Elle témoigne :

« L’entrée était complètement libre : ni vigiles, ni policiers. Aucune fouille. J’ai pu rentrer sans même ouvrir mon sac. Aucun carton d’invitation ne m’a été demandé et je n’ai même pas signé d’engagement à ne pas perturber le débat. Bref un total laisser-faire rappelant les heures les plus sombres de notre histoire. L’accueil est très cheap : sans hôtesses, sans cahiers d’acteurs, juste de pauvres brochures même pas imprimées sur papier glacé. (…)

Une dernière chose nous a semblé révoltante dans l’organisation de ce débat. Selon nos sources les opposants ont dépensé en tout et pour tout 50 euros pour organiser ce débat qui a rassemblé plus de 200 personnes, soit 25 centimes par personne. De notre côté, nous nous targuons d’avoir rassemblé 3000 personnes, (dont beaucoup d’opposant, il faut l’admettre) pour un budget de 3 millions d’euros, et donc d’avoir dépensé au moins 1000 euros par participant. C’est vraiment mépriser les gens que de les inviter à un débat à 25 centimes ! Nous au moins, nous avons les moyens de nos ambitions. (…)

Il faut dire en effet que le bilan chiffré de cette magnifique opération de « pacification des esprits » — comme on pacifique les quartiers «sensibles» — n’est pas très follichone. Moins de 150.000 visites en 3 mois sur le site, 655 questions, 252 avis, et surtout 3 216 personnes aux «réunions». Mais beaucoup plus de «retombées médias» : 913 en tout (TV/Radio : 98, Presse : 436, Web : 379).

Un papier du Monde, le mercredi 24, ne peut que constater les dégâts: un fiasco. «L’extrémisme des « antinanos » ne fait que renvoyer au discours simplificateur des panels d’industriels et de chercheurs sélectionnés, dans chaque ville, pour mettre en avant les retombées économiques et scientifiques des nanomatériaux. Les Amis de la Terre l’ont compris tardivement, en se retirant d’un « simulacre de débat », à leurs yeux « disqualifié ».»

Mardi soir, l’élément de propagande le plus remarquable, c’était un film proposé en introduction de la conférence arbitrée par Jean Bergougnoux, Master of Ceremony. (Mise à jour) Ce «reportage» a été mis en ligne début janvier sur la plateforme vidéos de la CPDP. Accrochez-vous, c’est du lourd. Les « opposants perturbateurs » ont la parole pendant 10 secondes (curseur à 3’30), avec un extrait d’une intervention lors du débat public de Toulouse, pour être aussitôt contredits par un spectateur anonyme…

Enfin, le héraut du monde cruel numérique, Alex Türk, de la CNIL, faisait partie des invités de la table ronde mardi soir. Il a recyclé une belle formule, celle sur la Stasi qu’il avait déjà formulé devant les parlementaires en décembre dernier.

Alex Türk, guest star de la réunion de cloture

«En RDA, avec la STASI, au moins, ils avaient encore droit à l’insurrection. J’ai peur qu’on regrette un jour le temps de la Stasi. Il n’y a pas de droit à l’insurrection contre une surveillance microscopique.», selon un compte-rendu à chaud publié mercredi matin.

Et pour écouter un bon bilan de cette campagne sur les nanos, l’émission Science publique de France Culture. Avec Bergougnoux, animé par Michel Alberganti, autrefois étrillé par les opposants de PMO pour ses « ménages » avec l’industrie des RFID, qui, pour le coup, s’est fait porte-parole des contestataires en reprenant l’essentiel de leurs revendications.

France Culture – 19 février 2010

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