Reniflage de clandestins, un métier d’avenir…

Publié: 23/05/2010 dans A l'arrache
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Il y en a qui l’ont échappé belle! Au moment où la « sélection » 2010 des Big Brother Awards était déjà bouclée, Le Plan B — dans son numéro de mai-juin, qui sera le dernier, snif… — mettait en vedette une entreprise qui aurait bien mérité une petite nomination. Il s’agit d’une société de sécurité en contrat avec le Home Office, le ministère de l’Intérieur britannique: Eamus Cork Solutions (ECS). Une boite aux consonances british mais qui est 100% frenchy. Sa spécialité? La sécurité portuaire en général, et «la détection des migrants qui s’accrochent aux essieux des poids-lourds» en particulier, selon les termes bien choisis du Plan B. «Un outillage sophistiqué leur permet de déceler la présence d’un corps humain tapi dans les moindres recoins d’un semi-remorque: détecteurs de dioxyde de carbone, détecteurs de battements cardiaques, systèmes d’imagerie à ondes millimétriques… Le réfugié de pays éventuellement bombardés par la France ou ses amis (…) est ensuite remis à la PAF en vue de son expulsion».

Le pire, c’est que le patron d’ECS, un certain Patrick Guerbette, en rajoute à mort sur sa «philosophie humaniste», qui en ferait presque un patron d’utilité publique… Sur son site internet, tout est clair: « Une nouvelle éthique de la sureté » (sic). «Pas question de jeter les migrants par terre et de les livrer à la police», affirme la DRH au Plan B… Ah oui? «Nos agents sont tous diplômés aux premiers secours et lorsqu’un clandestin est blessé, souffrant ou fatigué, nous lui offrons un café ou soignons sa blessure…»

Inutile de dire que le journal publie des témoignages d’ex-salariés — 8,8 EUR/heure, 10% de majoration la nuit ou les dimanche — qui viennent contredire allègrement ce conte de fées «humaniste». Heures sup’ non payées, pression énorme pour « faire du chiffre », harcèlement moral, etc. Plusieurs salariés ont gagné aux prod’hommes, et d’autres plaintes sont en cours.

Le patron d'ECS se confie au Plan B (extrait de l'enquête parue dans le n° 23)

Le plus folklorique dans cette histoire, c’est sans doute le PDG, le sémillant Patrick Gerbette, écrivain à ses heures. «A l’origine, Eamus Cork est le personnage principal de mon premier roman, inspiré de la plus pure tradition gaélique irlandaise», écrit le boss sur la première page de son site internet… «Il symbolise le respect de la personne humaine, le goût de l’aventure et la quête de l’absolu. C’est dans cet esprit qu’est né en 2004 le Groupe Eamus Cork, avec l’ambition de devenir un leader de la sûreté, notamment sur les sites portuaires et aéroportuaires.»

ECS compte six filiales, 138 salariés, dont 42 « agents spécialisés » dans la détection des sans papiers, et a réalisé 5,5 millions d’euros de CA en 2009.

Et du boulot à renifler les réfugiés, il n’a pas fini d’en avoir, Guerbette. En juillet 2009, à Evian (photo), Eric Besson et son ex-homologue british, Phil Woolas (qui n’est plus en poste depuis les dernières élections), décidaient de muscler encore un peu plus les retours forcés de réfugiés désirant débarquer au Royaume-Uni. Tout récemment, en mars dernier, a été inauguré «le centre de coordination opérationnel franco-britannique» à Calais. «Cette structure est destinée à centraliser l’ensemble des opérations de contrôle menées sur les 6.000 poids lourds transitant chaque jour par le port de Calais», dixit le ministère. «L’objectif est d’intervenir en temps réel sur les principaux points de montée clandestine dans les poids lourds à partir des informations recueillies auprès des chauffeurs. En effet, beaucoup de clandestins se cachent dans les poids lourds cherchant à tout prix à passer en Angleterre, qu’ils perçoivent comme un eldorado.»

Question chiffres, ECS revendique en tout 15.000 « prises » en six ans d’existence. Des prises humaines, bien entendu. Ces deux dernières années, il y en a eu au total environ 4.300, si l’on en crois les chiffres de 2007 du Home Office communiqués à la Chambre des communes suite à une question d’un parlementaire:

The UK and France are committed to combating illegal immigration and in the port of Calais throughout 2007, with the assistance of Calais Chamber of Commerce (CCCI), Eamus Cork Security (ECS), Border and Immigration Agency staff successfully prevented 11,700 clandestine attempts from crossing the channel to enter the UK. An additional 2,159 people were also refused entry to the UK.

La société ne connait donc pas la crise, et affiche sur son site d’alléchantes offres d’emploi . «Actuellement, le groupe Eamus Cork recherche pour son agence de Dunkerque un/une assistant(e) ressources humaines et un/une secrétaire de direction.» Connaissance des prud’hommes appréciée! Le Plan B est tombé, lui, sur une annonce du Pole emploi de Gravelines qui annonçait la couleur:

Agent de sécurité H/F. Vous intervenez en cas de découverte de clandestins (femmes et enfants). Débutants acceptés.


Vous trouvez cette histoire vraiment too much? Alors lisez le Plan B n°23 pour en avoir le coeur net (pages 12-13)…

commentaires
  1. […] Reniflage de clandestins, un métier d’avenir… (23 mai) […]

  2. […] hautement citoyenne, Eamus Cork Solutions. Sortie de l’anonymat grâce aux limiers du Plan B (lire notre billet), cette société a décroché un gros marché avec les autorités française et britannique pour […]

  3. storypo dit :

    Mouahah je me marre !!! Tous diplomés en Secourisme… Alors que cette même société refuse les formations, recyclages …etc

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