Contre l’insécurité domestique, essayez Barbie Video Girl

Publié: 15/09/2010 dans A suivre
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La révolution numérique contamine enfin le merveilleux monde des poupées Barbie! La nouvelle killer-app du groupe Mattel, Barbie Video Girl, est une vraie poupée-caméra. Elle ne filme pas encore en HD (résolution très limitée: 320 x 240 pixels), mais elle est vendue avec un logiciel de montage — et surtout, elle peut servir de webcam. En 2009, les nouveautés laissaient un goût de déjà vu (Barbie Princesse Mousquetaire, Barbie jolie mariée, Barbie promène son chien, Barbie dans sa résidence secondaire…). Mais cette année, Mattel sort la grosse artillerie pour niquer la méchante Bratz, la grande rivale créée par un ex-cadre de Mattel en 2001. Un groupe qui ne perd pas le Nord, puisque son autre filiale Ficher Price met le paquet sur une sorte d’objet hybride entre une console DS et un iPhone, histoire d’accoutumer les tous petits à faire-comme-papa-maman le plus tôt possible — Fisher Price est dédié aux moins de 6 ans!

Sortie aux US en juillet à 50 dollars l’unité, Barbie Video Girl n’est pas encore au catalogue français mais sera sans doute la star de Noel 2010. Notre petit doigt nous dit que Mattel France a organisé récemment des conférences de presse très ciblées pour séduire les magazines féminins, qui se feront un plaisir de remplir leurs pages « shopping de noël » avec de telles « nouveautés ».

Première remarque : la petite caméra est comme dissimulée dans le collier de la poupée. Tiens donc. Dissimulée… Je repense à mon dernier billet sur le consentement, dans lequel je citais un extrait de 1984 sur les « enfants-espions », qui surveillent les tentations subversives de leurs parents. J’imagine alors quel pourrait donc être l’effet collatéral de cette arme de distraction massive: la poupée-espion.

Imaginons une petite fille qui enregistre des scènes de ménage grâce à Barbie oubliée dans le lit des parents. La notice (.pdf) du jouet note que la mémoire interne de l’appareil (256 Mo) est suffisante pour tourner environ 25 minutes d’images. Largement de quoi faire chanter papa (ou maman, ne soyons pas sexiste) quand il faudra divorcer. Grâce à un logiciel maison (indispensable, valable sur Windows only), la fillette pourra même monter son petit film en changeant le scénario pour que maman (ou papa) gagne à la fin… Oui, je sais, je vois vraiment le mal partout, ma paranoïa est vraiment trop aigüe…

Parlons alors de la web cam. Tous les Etats occidentaux font la guerre à la pédopornographie, et mettent en garde à longueur de temps les jeunes enfants sur les dangers du clavardage avec des inconnus. Il sera sans doute amer pour Mattel de constater que certains pervers sexuels parviendront à atteindre leur cible grâce à Barbie Vidéo, option webcam. Mattel préfère d’ailleurs utiliser sa novlangue, puisque la fonction est appelée simplement «Computer Mode» — «Computer Mode lets you stream live video from your Video Girl™ to your computer». Oui, ce serait vraiment trop cruel pour Mattel si un tel fait-divers éclatait au grand jour. Vraiment trop cruel.

Le géant du jouet n’oublie pas la « fracture numérique ». Enfin, celle qui frappe les pauvres bambins entre trois et six ans, pas encore assez mûrs pour rêver de Ken et Barbie. Fisher Price, sa filiale dédiée aux preschoolers (enfants de maternelle), commercialise « iXL » — subtil jeu de mot, I excel, du verbe exceller — un gadget high-tech qui ressemble à une console de jeux et à un smartphone à la fois. «Aujourd’hui les preschoolers sont friands d’objets numériques et cool. Comme eux, [iXL] est petit mais costaud. Plein de plaisir créatif. Et très, très intelligent. (…) C’est comme d’avoir six objets numériques en un seul!», brame la société.

Le MO1

Citons aussi les fabricants de téléphones mobiles qui cherchent à séduire les gamins à partir de 6 ans. Dernier essai en date: le « MO1 », un combiné conçu et dessiné pour les momes. Sorti fin 2007, il s’est fait bouter hors de France suite à une vive et saine polémique. Les arguments sur l’accoutumance et l’acceptation précoce des technologies n’a pas vraiment porté. C’est surtout à cause des risques liés aux ondes électromagnétiques sur le cerveau des enfants que ces gadgets n’ont pas percé.

Avant le MO1, en septembre 2007, Auchan et Carrefour ont du virer de leurs rayons un téléphone équipé d’un récepteur GPS, « Kiditel ». L’option géolocalisation en prime, donc. Avant leurs retraits des rayons, France 2 avait pourtant encensé le produit dans Télématin. Début 2005, même punition pour le « Babymo », un cellulaire made in China, mis au banc suite à une étude britannique sur la sensibilité des cerveaux des moins de 8 ans. Un jugement dira plus tard que sa vente n’était pas pour autant interdite. En fait, des enseignes comme Carrefour et le BHV l’ont retiré des rayons, mais pour une seule raison à l’époque: il ne se vendait pas. C’est ce que l’on peut souhaiter à la dernière membre de la famille Barbie.

commentaires
  1. Duchoi dit :

    Bonjour,

    j’ai trouvé une analyse forte intéressante sur le sentiment d’insécurité sur http://www.delitsdopinion.com/1analyses/sentiment-dinsecurite-ideologies-fantasmes-ou-realite-4044/

    pourriez-vous me donner votre avis ? merci d’avance

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