Nouveau pour mutiler les manifestants, les grenades « flash-bang »

Publié: 16/11/2010 dans A suivre
Tags:, , , ,

Jusqu'ici n°2 (clic pour PDF)

Le dernier numéro du bulletin Jusqu’ici (n°2) nous rappelle à quel point les manifestants sont toujours de très bons cobayes pour tester de nouvelles armes de maintien de l’ordre.

Nous évoquions l’an dernier, aux Etats-Unis, les camions anti-émeutes et leurs canons acoustiques qui donnent la nausée, testés en Irak et à Gaza, puis employés à grande échelle lors du contre-sommet du G20 de Pittsburgh — comme lors du coup d’Etat au Honduras en septembre 2009. Ces armes sont appelées « non létales » ou, dans une novlangue plus douce, « à létalité réduite » . Après le pistolet à impulsion électrique et le flash-ball, trop has been, une autre petite merveille du maintien de l’ordre high-tech est expérimenté discrètement au gré des conflits sociaux depuis 2006. La France n’a pas encore de canons LRAD qui font gerber. Elle préfère les « grenades assourdissantes ». Des armes qui ne sont pas conçues pour tuer, mais qui peuvent mutiler sans fioritures.

Le «jargon industrialo-administratif» les désigne par «grenade à main à effets non létaux», «grenade de désencerclement», «Dispositif balistique de dispersion (DBD)» ou encore «Dispositif manuel de protection (DMP)».

Dans un rapport souvent cité («Les armes non létales», 2005), David Humair, un expert de l’armée suisse, met les choses au point :

Il convient de souligner que certaines armes non létales produisent des résultats que les armes létales traditionnelles sont incapables d’engendrer. Dès lors, leur utilisation dans le cadre d’une opération, bien loin de servir à «humaniser» le conflit, permet de donner un avantage décisif à la troupe qui les engage en parallèle à des moyens létaux.

(…) Dans le cadre d’une émeute, le recours à la force létale risque d’engendrer une spirale ascendante de la violence: la non-létalité est donc un argument important. (…) Parmi les armes non létales déjà en service destinées à la maîtrise de personnes, il faut mentionner, entre autres, les armes à décharge électrique, les grenades aveuglantes et assourdissantes (flash-bang), les gaz irritants, les mousses ultra-gluantes et un moyen qui a fait ses preuves depuis longtemps, le filet.

Le « filet »? Pas assez techno, mon capitaine. A notre connaissance, les grenades « éblouissantes » n’ont pas encore été employées lors de conflits civils. On leur préfère, aux côtés des flash-ball, les « flash-bang » (assourdissantes). C’est donc la dernière mode. Elles explosent à vous faire pêter les tympans, mais elles balancent surtout des bouts de caoutchouc — mais aussi de métal — qui ont déjà causé de graves mutilations.

Ce fut notamment le cas lors des dernières manifs à Lorient le 19 octobre [voir ci-dessous] comme place Bellecour à Lyon deux jours après [d’après ce commentaire et ce récit publié sur Rebellyon un mois plus tard].

Lorient, 19/10/10 (credit François Destoc // Le Télégramme)

A Lorient, l’ordre donné aux gendarmes mobiles d’utiliser ce type de grenades a été justifié par le sous-préfet pour «protéger» le dépôt pétrolier qu’il considérait menacé.

En plus des dizaines de blessés graves victimes des flash-ball ces dernières années, comme à Montreuil en 2009, il faudra donc se faire aux mutilations par grenades. Ça vaut le coup de relancer la pétition contre toutes les armes non létales, initiée en 2009 après les bavures de Montreuil.

Les gendarmes et le sous-préfet, qui se justifie dans la presse locale, ont parlé de « grenades explosives ». C’est un peu plus subtil que ça, poursuit Jusqu’ici:

cliquez pour + d'infos

Grenade DBD du fabricant SAPL

La société SAPL, qui commercialise des grenades de ce type, signale dans la fiche technique du DBD95/DMP une intensité sonore de 165 décibels [dB] (un avion au décollage émet à 140 dB, ce qui est déjà bien au-delà du seuil de douleur et de danger pour l’oreille humaine). L’explosion, qui disperse les 18 plots de caoutchouc contenu dans la grenade, est suffisamment forte pour briser des vitres – mais aussi et surtout pour blesser des personnes.

Voire pour les mutiler : lors d’une manifestation contre les nanotechnologies à Grenoble, en juin 2006, une femme a la joue ouverte. Même ville, en mai 2007, une jeune femme perd un œil, le goût et l’odorat alors qu’elle observe une manifestation sauvage en réaction à l’élection présidentielle. En 2009, un homme doit être amputé de deux orteils à la suite de la manifestation du 29 janvier à Saint-Nazaire (« en cas de guerre civile, il faut du répondant », lui a répondu la police des polices [selon un papier de Ouest-France repris sur ce forum]). En avril de la même année, plusieurs dizaines de personnes sont blessées (brûlures et plaies) lors du contre-sommet de l’OTAN à Strasbourg [vidéo ci-dessous].

En février 2010, les arroseurs sont arrosés : 16 gendarmes sont atteints (essentiellement des troubles auditifs) lors d’un exercice dans le centre d’entraînement de Saint-Astier.

Grenoble et Genève, labos à coeur ouvert

C’est donc à Grenoble que des « DMP » ont été testées en premier, lors du mouvement anti-CPE d’avril 2006. Extrait de récits croisés du 4 avril, journée houleuse:

credit Felix Le Fe

Manif anti-CPE, Grenoble, mars 2006 (credit Felix Le Fe)

On s’échappe par où on peut, des grenades assourdissantes et des grenades « défensives » (en réalité utilisées offensivement, ces grenades projettent violemment des morceaux compacts de caoutchouc en explosant) sont lancées et les tirs de flashball fusent. (…)

Un autre récit publié sur indymedia, en 2008, tente un premier bilan:

Alors qu’à Grenoble, en moins de deux ans, on dénombre déjà trois blessées graves (dont deux au visage) à cause d’éclats de grenade de désencerclement (grenades à fort effet de souffle qui propulsent violemment des morceaux de caoutchouc), des flics osent dire que ces armes ne sont pas dangereuses.

Jusqu’ici a retrouvé une «étude thématique» (.pdf) de la CNDS, la commission de déontologie de la sécurité (qui doit bientôt disparaître) intitulée « Usage des matériels de contrainte et de défense par les forces de l’ordre ». Les grenades DMP ont fait des dégâts lors d’une manif lycéenne.

credit Felix Le Fe

Grenoble, 15 mai 2008 (credit Felix Le Fe)

Lors de la manifestation du 15 mai 2008 à Grenoble (38) … , la grenade de désencerclement dite DMP, arme de 1ère catégorie, a grièvement blessé trois personnes : Mlle P.B. a produit un certificat médical décrivant la présence d’une « plaie contuse de la face antéro-interne de la jambe gauche mesurant 6 cm de diamètre », ayant occasionné une ITT de 21 jours. La cicatrisation de cette plaie a nécessité plus de six semaines. Son amie, Mlle E.S., a également été heurtée par des débris de grenades, lui provoquant de volu- mineux hématomes. Enfin, M. C.F., a été projeté à terre par un débris de grenade, qui a provoqué des blessures justifiant une ITT inférieure à 8 jours et des soins durant vingt jours.

Ces blessures ont été occasionnées à la fois en raison d’une utilisation non conforme aux instructions, mais également en contradiction avec la présentation technique (…) de la police nationale, où il est dit à tort que le DMP provoquent une déflagration accompagnée d’une projection de rectangles de caoutchouc « non susceptibles de blesser ». Cette information devrait être corrigée, et il importerait de rappeler qu’il s’agit d’une munition de 1ère catégorie, susceptible de provoquer de graves brûlure en cas de lancer dans des conditions inadéquates. Sur un plan technique, il conviendrait de munir les DMP d’un bouchon allumeur dans un matériau moins dangereux que le métal, un exercice effectué à Grenoble en février 2009 ayant démontré que ce bouchon était susceptible de s’élever à la hauteur d’une quinzaine de mètres.

source switzerland.indymedia.org

Genève, mars 2003 (source indymedia)

La première trace d’usage de ces armes mutilantes, nous l’avons trouvé en Suisse. Selon un rapport de la Legal Team (.pdf) du contre-sommet du G8 en mai/juin 2003 (qui avait lieu à Evian, de l’autre côté du Las Léman), la police de Genève s’est surpassée. Au moins six cas d’usage abusif de ces mêmes «grenades assourdissantes» sont rapportées (à partir de la page 31), faisant au moins quatre blessés graves, dont un journaliste très sérieusement:

Un des cas est celui largement relayé par la presse d’un journaliste britannique, visé par plusieurs grenades assourdissantes. … ces grenades assourdissantes ont été, selon nos observations, utilisées comme des armes lancées directement contre le corps des personnes. Le journaliste a perdu une partie de son mollet et a dû subir plusieurs opérations. Selon son témoignage et celui d’une autre personne, il a été pris pour cible par des policiers et cinq ou six grenades ont explosé tout près de lui.

La suite au prochain numéro. Et aux grenades « éblouissantes ». On aura donc l’occasion de perdre un oeil au flash-ball, et de perdre la vue à la grenade.

commentaires
  1. Jean-Bob dit :

    Les « véritables » grenades flash sont percées de part en part, pour éviter justement leur explosion, et donc les débris.

    Vu la photo, ça n’est pas le cas pour les modèles utilisés récemment. Donc ce sont des véritables grenades, tout ce qu’il y a de plus offensives.

  2. tseparis dit :

    S’ils se préparent à une guerre civile, c’est que nous n’avons pas encore tout vu et que le pire peut être une magouille lors de l’élection de 2012. Quel régime démocratique utiliserait les armes à impulsions électromagnétiques ? Aucun.

  3. antennerelais dit :

    A noter qu’il y a sur ces sujets un excellent article de 3 grandes pages dans le premier « Article XI » qui vient de sortir en kiosques.

  4. Aniery dit :

    Dans sa chronique de l’Amérique de la Grande Dépression, « Les Etats-Désunis », Lux Editeur, Vladimir Pozner écrit en 1937:
    « Les démonstrations qui se déroulent devant un groupe choisi de grands industriels, aussi intéressantes qu’elles puissent être, ne valent pas celles auxquelles on peut procéder sur du matériel humain. Sous ce rapport, la grande grève de San Francisco, en 1934, où prés de quatre-vingt travailleurs ont trouvé la mort, a offert un terrain particulièrement favorable. »
    Je recommande à tous ce livre dans lequel Vladimir Pozner, lié à Maïakovski et Babel, militant antifasciste, compose une mosaïque qui renvoie l’image d’un pays où l’énergie le dispute au désespoir, la solidarité à la misère, et où le culte du service et de l’efficacité mène le plus souvent à l’asservissement et au décervelage.
    En postface, Noam Chomsky, rappelle l’actualité criante de cette époque et de ce livre. Et Jean-Pierre Faye évoque la vie de Pozner et le caractère novateur de son écriture.

  5. citoyendangereux dit :

    La régression sociale est en cours depuis longtemps. Les gouvernements ont peur de ceux qu’ils gouvernent. Pour maintenir un semblant de démocratie, les gouvernants doivent étouffer les mouvements sociaux aussi tôt que possible sans pour autant passer pour des brutes. Pourtant, tous les moyens de violence sont bons pour faire peur, pour intimider et décourager toute contestation sociale. Dans le même temps il faut présenter la brutalité de ces moyens comme une « douceur », une « faveur », quelque chose « d’humain », pour pouvoir dire encore demain : « nous sommes en démocratie ». Mais quand on regarde ces « armes douces » de près on se rend compte qu’elles sont bel et bien brutales, dangereuses, sadiques. Certaines de ces armes sont des outils parfaits pour torturer. Voir les AMD (active denial system) : système d’armes non létales à énergie dirigée développé pour l’armée américaine par Raytheon. C’est un puissant émetteur d’ondes millimétriques utilisé pour disperser une foule (the goodbye effect)
    Voir Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Active_Denial_System
    On veut nous vendre ce glissement vers un système totalitaire comme une « avancée sociale ». Sommes-nous vraiment si bêtes pour gober ça ? J’ai des doutes.

  6. joanjak dit :

    nos bons dirigeants ont-ils donc tant de choses à se reprocher pour avoir peur ainsi de la vindicte populaire ?

    et puis c’est quoi cette pseudo démocratie où l’on a le droit d’émettre un presque avis qu’une seule pauvre fois en cinq ans ? tu votes et puis tu la ferme ?

    je me dis qu’ils ont parfaitement conscience de toutes les saloperies qu’ils font sur le dos de la populace ces fumiers pour être aussi mauvais et pas que de la matraque…

  7. Gone dit :

    Ce type de grenade a été également utilisé lors des manifestations contre la réforme des retraites d’il y a un mois à Lyon.
    On pouvait trouver des goupilles, ainsi que des bouts de caoutchouc provenant de l’explosion de ses grenades un peu partout place Bellecour, notamment après l’évènement dit « Punishment Park » (plus d’infos sur rebellyon.info). J’en ai moi même gardé en souvenir…

  8. […] parue sur le blog « Numéro lambda » ; ça s’intitule « Nouveau pour mutiler les manifestants, les grenades flash-bang« . L’article détaille les performances du nouveau matériel utilisé par la […]

  9. […] (amputation!) ! Les robocops ayant une nouvelle fois utilisé leur jouet de mutilation préféré : la grenade de désencerclement (sic) […]

  10. dupont dit :

    vive la police amort les gauchos

  11. freud dit :

    Pas d’autres conneries à raconter??? Vous avez vérifié les faits? vous avez testé les produits vous le pseudo journaliste?

  12. numerolambda dit :

    pourquoi cher môsieur vous avez des réclamations? ce blog est un peu éteint depuis pas mal de temps (allez voir la suite sur reflets.info), mais les infos ne sont pas frelatées pour autant. mais j’attends vos lumières, et n’oubliez pas de citer vos sources

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s