Il faut de tous pour défaire un monde

Publié: 01/01/2011 dans A l'arrache

La Friche, Lyon, mars 2010


Dans la nuit du 19 au 20 décembre s’est déclaré un incendie sur le site de la Friche RVI, 84 avenue Lacassagne (Lyon 3e). Ce sinistre ne peut justifier une fermeture totale du site. Espérons que la lumière sera faite sur les causes de cet incendie ! (…) La suite.

Voir aussi Photos et dessins du parking de la friche, un témoignage publié sur Rebellyon sur cette nuit-là… et un diaporama de quelques clichés capturés à la Friche en mars 2010.

le 24 décembre 2010 date heure a 12:22, par mogwayette

Témoignage d’une nuit d’horreur à la friche RVI :

2h30 du matin lundi 20 Décembre, je suis dans mon lit en train de dormir… Mon camion était depuis plus de 3 mois dans « l’allée couverte » juste devant la Vaca Loca, association gérant une partie des lieux de la Friche RVI.

Je me réveille, j’entends des bruits. Des gens qui passent dans l’allée, des gens sur les toits. Je ne m’inquiète pas, je sais qu’il y a un workshop dans « Réso » (autre partie de la friche RVI), ce soir. Je me dis quand même « Ils en font un bouquant ce soir ! ». Je pense à sortir pour dire mon envie de dormir et de se taire aux gens dehors. Mais je reste dans mon lit, au fond de ma couette.

Je regarde mon téléphone, 3h du matin ! C’est tard pour faire tout ce rafus !

Une lumière un peu bizare passe à travers ma fenêtre. Je regarde, les pompiers… « Là faut que je sorte ! Si les pompiers sont à l’intérieur de la friche, alors c’est qu’il y’a un problême ! »

J’enfile un pantalon, un pull, et je sort.

Je vois mon voisin d’en face qui me dit qu’un feu c’est déclaré à la « Vaca Loca ».

Quoi ? Euh… 2 minutes, je reprend mes esprits.

« Non mais t’inquiet’ il est presque maitriser, on a fait tout ce qu’il fallait ! »

« ok, c’est pour ça tout ce bordèle ! »

Je vois 2 personnes sur le toit ! Je reconnais Fox et Eric. Je demande à mon voisin : « Et qu’est ce qu’ils font là haut ? »

« Ils essaient d’éteindre le feu ! »

ok ! Bon…

Je reste là, je regarde les pompiers, je demande si y’a besoin de quelque chose, de déplacer le camion…. quelque chose, parce que je les trouve un peu lent. Ils me répondent « Non, c’est bon, laissez nous faire. » Cela m’étonne de laisser des camions à côté d’un feu. Mais je me dis qu’ils connaissent leur travail !

Je vais discrètement voir ce qui se passe à la « Vaca Loca ». De l’entrée je vois un feu au fond, devant le local à poules, par terre. Je vois une lampe torche en haut, et des objets en feu se faire expulser du balcon, vers le tas du bas.

La « Vaca Loca » était pleine de fumée. Les pigeons affolés.

Je ressors, me disant que je ne devrais pas être là.

Je vais voir mes camarades, on discute, on regarde, on se demande si on doit bouger les camions. Toujours pas de confirmation de pompiers…. bon !

Les pompiers commencent à sortir leurs lances, grande échelles, ect. Mais sans plus d’actions. 2 d’entre eux montent à la grande échelle pour voir d’au dessus des toits. Comme s’ils évaluaient l’ampleur du feu.

Je vais au bout de « l’allée couverte », discuter, regarder. Les flammes commencent à grossir et à lécher le mur du fond de la « Vaca Loca ». Les poules prennent la fuite ! Le mur devient de plus en plus transparent, les flammes se font de plus en plus visibles… François arrive au loin.

Le temps qu’il arrive à moi, les flammes avaient traversées le mur. Il me dit « J’ai tout perdu ».

Il va vers l’entrée de la « Vaca Loca », je le regarde partir.

Les flammes toujours plus grandes. J’entend du monde dire que les pompiers ne trouvent pas de bouche à incendie et que leur camion citerne n’est toujours pas en route…. Quoi !!!! Mais il y a 3 bouches d’incendie autour de la Friche. Je vais voir un pompier, je lui demande si ils ont besoin d’un renseignement, je lui dit que je connais bien les lieux, que je peux ouvrir l’accés à des chiottes ou des douches qui sont juste à côté ! Il rigole. Mais dans ces cas là, quand on voit ça maison bruler, on pense à tout et n’importe quoi pour faire avancer les choses !!! Non ?

3h30. Le toit commence à prendre feu. Là on commence à s’agiter. On se dit que : accord des pompiers ou pas, on va bouger nos camions, nos maisons, on va sauver ce qu’on peut sauver !

Je vais voir le bout de « l’allée couverte », voir si les camions commencent à bouger. En effet, les poids lourd commencent à démarrer et les conducteurs à préparer le déplacement (rangement des rallonges et des choses qui peuvent trainer autour des camions).

Sur le chemin une lance à incendie démarre devant moi ! « Ah ça y est ils ont de l’eau ! » Et d’un seul coup tout s’accélère. Les pompiers commencent à arroser le feu. Les camions bougent. Je rentre chez moi, range 2/3 trucs, et démarre mon camion, sans l’accord des pompiers.

Je sors mon camion en marche arrière, le plus vite possible. En roulant sur les lances….

Je me gare aux côtés de mes camarades. Sors avec eux. Je me remets trés doucement de mes émotions. On regarde les mètres de flammes au dessus de notre trés chère Friche.

4h30. Je me rend compte que ma voiture est toujours dedans et que personne n’a été voir ce qui se passait à « No Mad » (autre association de la friche). Je vais vite voir la police, qui m’accueil avec matraques à la main, et m’interdit d’entrer. Aprés explications, un d’eux m’accompagne voir s’il reste des gens dans « No Mad ». Je tape à toute les portes, avec violence, ou je sais qu’il est susceptible d’y avoir du monde. Personne ne répond, je ressors. Je retourne sur le parking avec mes camarades.

Nous regardons de loin notre friche bruler. Des flammes immenses sur le toit. On se dit que s’en ai fini pour La Friche RVI…

Vers 7 heures nous ne voyons plus de flammes… Vers 14h, plus de fumée….

Voila les souvenirs qui me restent de cette nuit là. Je ne vous parle pas de la suite… des gens qui ont perdu tout ce qu’ils avaient construits, leur maison, leurs projets, leur stock, leurs outils, leur production, leur art, des années de travail… Je ne vous parle pas des images que nous avons tous dans les yeux, dans la tête. Je ne vous parle pas de ce projet communautaire, de cette utopie, ce rêve d’une société meilleure. Je ne vous parle pas de ces 500 artistes qui se retrouvent sans ateliers, a devoir déménager leur local en 3 heures par jour durant 4 jours sous controle d’identitée, à mettre leur matériel sous une taule, en attendant…. En attendant quoi ? Je ne vous parle pas de tout ceux qui se retrouvent à la rue, sans maison, sans toit, sans vétements, sans papiers… Je ne vous parle pas de mes amis que j’ai vu pleurer, hurler, face à ce masacre, et que j’ai tenu dans mes bras. Je ne vous parle pas de tout ça. Car tout ça est un deuil à faire ! Un deuil qui risque d’être long pour certains. Une vie à reconstruire.

Notre seul soulagement est que nous sommes tous là, unis, sans bléssés. Et nos animaux aussi ! Ouf !

 

Vodpod videos no longer available.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s