Dis-lui comment tu marches, la machine te diras qui tu es [wikileaks]

Publié: 06/01/2011 dans A suivre
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tiré du doc "le temps des biomaitres"En plongeant dans les quelque 2.000 câbles diplomatiques publiés à ce jour via Wikileaks, un peu moins de 1% des 250.000 documents détenus [1], nous sommes tombés sur un compte-rendu de l’ambassade US à Pékin fin 2009. Il est question de diverses recherches « sensibles » engagées par l’Académie des sciences de Chine populaire. Entre fusion nucléaire, nanomatériaux, détection d’explosifs et « téléportation quantique » (sic), un chapitre évoque une technique d’identification biométrique totalement furtive — identifier une personne à son insu —, grâce à sa démarche. L’idée de détecter la « signature pédestre » d’une personne pour la reconnaître a déjà fait l’objet de recherches au Royaume-Uni. La biométrie furtive se porte bien.

cliquez pour agrandirC’est lors d’une rencontre officielle, en décembre 2009, à l’invitation de l’Académie des sciences sur le campus de Hefei (province Anhui – centre-est du pays), que l’honorable correspondant de l’ambassade américaine a pu faire ces « constatations » [câble 10BEIJING263 – copie ci-contre].

Le responsable signale qu’il écrit cette note sur la base de «présentations officielles, d’observation personnelle et de conversations informelles et discrètes avec des membres de l’Académie» (qui ne sont pas cités, cela va de soi — les barbouzes aussi savent protéger leurs sources…).

Le 3ème paragraphe de ce câble diplomatique, classifié «confidential», évoque l’«Institut des machines intelligentes» de l’université d’Hefei et ses «recherches sur la biométrie».

Institute of Intelligent Machines – Biometrics Research

¶3. (C) The Chinese Academy of Science (CAS) Institute of Intelligent Machines (IIM) in Hefei has developed a biometrics device that uses a person’s pace to identify them. The device measure weight and two-dimensional sheer forces applied by a person’s foot during walking to create a uniquely identifiable biometrics profile. The device can be covertly installed in a floor and is able to collect biometrics data on individuals covertly without their knowledge. When questioned about the device’s potential applications, IIM officials stated the device was being used by “secret” customers and was not available on the commercial market. IIM also said they were involved with China’s “Program 863.” (COMMENT: Program 863 is China’s national high-technology development plan that includes both military and civilian technology development programs; therefore, it is likely the People’s Liberation Army (PLA) is one of the customers for whom this biometrics device was developed. END COMMENT)

Il est bien question d’un système qui peut être dissimulé sous un plancher, de sorte que la personne soit identifiée «sans le savoir». Le processus est décrit en une phrase: «mesure du poids et de la pression des pieds en deux dimensions», permettant de créer un «profil d’identification biométrique particulier». Les officiels chinois se seraient confiés au représentant US comme quoi le dispositif a déjà été utilisé par des «clients secrets» et qu’il n’était pas destiné à être commercialisé.

Le diplomate américain a été intrigué par le fait que l’équipe de Hefei soit financée par un programme militaro-scientifique — Program 863, l’un des hauts lieux en Chine de la « recherche duale », civile et militaire, créé en mars 1986 (d’où son numéro de code selon cet ouvrage) par le président Deng Xiaoping. Reste que cette cellule n’a rien de secret, elle a sa page officielle et sa fiche Wikipedia.

Tiré du documentaire "Le temps des biomaîtres" (2007)

L’officiel américain fait mine de découvrir l’eau tiède. Car les Etats-Unis sont bien entendus très bien placés dans la course au Graal biométrique. Aujourd’hui les systèmes biométriques les plus répandus — empreintes digitales, paumes de la main ou iris de l’oeil — nécessitent une coopération du cobaye. D’où l’intérêt de pouvoir identifier quelqu’un sans qu’il le sache ou qu’il en ait conscience.

Un documentaire diffusé en 2007 sur Arte — Le temps des biomaîtres, de Jacques Guyot — évoque des recherches similaires à l’université de Southampton (Royaume-Uni).

Le professeur Mark Nixon (ci-contre) expliquait à l’époque que son dispositif était tout à fait au point [voir l’extrait ci-dessous – dès la 12ème minute]. Et évoquait lui même que ses trouvailles ont été en partie financées par la DARPA, l’agence de recherche de l’armée américaine.

Nixon évoque un système de caméras numériques disséminés dans un couloir qui permettent, sur quelques foulées, de reconnaître la signature pédestre de l’individu. Son propre système va un peu plus loin, car parmi ces caméras, une est dédiée à la reconnaissance «du visage et des oreilles», et quatre autres sont situées aux quatre coins du couloir pour scanner la manière dont le corps se mue et les pas s’enchaînent.

Le même documentaire, réalisé il y a moins de quatre ans, évoquait d’ailleurs une autre méthode de biométrie furtive. C’est John Daugman, autre chercheur britannique (université de Cambridge), qui se présente lui-même comme l’inventeur de la technique de reconnaissance de l’iris, qui parle du projet « Iris on the move » développé aux laboratoires Sarnoff, aux Etats-Unis. Le procédé est maintenant au point, comme le montre cette vidéopromo éditée en février 2010 — comme le câble diplomatique.

Pour Daugman, le fait que la personne doive se positionner sans bouger devant l’objectif pour se faire identifier, «ce n’est pas très fluide, pas très rapide». L’objectif, il y a quatre ans, était de pouvoir capturer l’iris jusqu’à une distance de 3 mètres, pour une personne marchant à environ 1 mètre par seconde.

Aujourd’hui, Sarnoff déclare pouvoir identifier 30 personnes par minute… Comme le dit Daugman tout sourire: «C’est comme dans Minority Report, en mieux!» (voir ici à partir de 5’50).

Pour convaincre les cobayes pressés d’êtres scannés à la volée, on leur vend donc la « fluidité » des files d’attentes d’aéroports… Alors imaginez une seconde l’effet conjugué de cette méthode avec les techniques de signature pédestre. Ou de reconnaissance faciale sophistiquée, qui peut là aussi capturer un visage à distance et de l’analyser. Faut-il rappeler que les systèmes de contrôles obtiennent leurs sceaux de «légalité» seulement s’ils ont obtenu l’accord éclairé des individus concernés.

Le projet Biometrics on the Move, sous les auspices du groupe de défense BAE Systems, revendique pourtant de contrôler une foule à distance sans leur «coopération», l’absence de consentement des personnes devenant même un argument commercial.

—-

Minileaks

[1] Dans l’affaire des câbles diplomatiques de Wikileaks, le chiffre de 251.287 correspond à ceux que l’organisation déclare détenir. Mais « seulement » 2000 sont déjà publiés. Moins de 1%. Le site relais Cablesearch, doté d’un sympatique outil de recherche, en recense 2012, et Wikileaks 1999. Le site n’a rien bidonné, il dit avoir «commencé» à publier les documents, sans plus.

C’est donc bien loin du chiffre théorique, et cela prouve au passage que l’équipe de Julian Assange n’est pas aussi « irresponsable » que ses pourfendeurs néoconservateurs veulent bien l’affirmer. Il a passé un deal avec plusieurs organes de presse internationaux (NYT, Spiegel, El Pais, Guardian, Le Monde), et c’est à ces organes d’auto-censurer les documents bruts et de décider ensuite quels sont ceux qui sertont publiés. Et encore, dans les câbles publiés certaines personnes sont anonymes (noms remplacés par « xxxxxx »), d’autres non.

Il y a sans doute des arguments légitimes pour vouloir protéger « certaines sources », et pas d’autres, mais la question est de savoir qui réalise ce tri sélectif, et sur quelles bases. Le NYT n’a pas caché avoir joué le jeu de Wikileaks, tout en consultant le Pentagone pour les docs les plus « délicats ». C’était d’ailleurs cocasse de voir El Pais sortir le câble qui a été très commenté en France — sur la corruption entre le Gabon et les partis politiques français.

Le Monde a du s’excuser platement, un brin faux cul (ci-contre), de ne pas avoir traité ce document. Même erreur de casting pour la coopération Allemagne-USA dans les satellites espions (projet HiROS), ce qui inquiète pourtant énormément l’état major français — document Wikileaks révélé par un quotidien… norvégien, Aftenposten! Vive l’autocensure patriotique…

commentaires
  1. Simon C. dit :

    Ca va être sympa, dans le futur. Je vois tout à fait l’intérêt d’une telle technologie, mais comment vont-ils s’y prendre pour faire une base de donnée des démarches des individus?
    Couplage à des videosurveillance et big brother généralisé?

  2. […] speuren druk naar de schijnbaar onbeperkte mogelijkheden van biometrische toepassingen. #numéro lambda# zet een paar recente ontwikkelingen op een […]

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