Lille, métropole radio-active

Publié: 16/02/2011 dans A suivre
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Dans la ville de Martine Aubry, la tête de Türk s’appelle Eric Quiquet. Cet élu municipal, vice-président de la communauté urbaine (Lille Métropole – LMCU), est chargé des transports. Et depuis quelques temps, il a décidé de mettre le paquet sur les puces RFID — il en veut partout, pas simplement dans les transports, mais dans toute la « vie quotidienne » (bibliothèques, écoles, crèches, services publics). Alors bien sûr, comme Quiquet est un élu des Verts, il a toujours présenté sa frénésie comme « responsable »: il disait vouloir éviter que les gens soient tracés, tout devait être anonyme. Le régional de l’étape, Alex Türk, élu du Nord et président de la vénérable CNIL, avait donné sa bénédiction à la dissémination « citoyenne » de puces radio dans la métropole lilloise. Pourtant, le plan dévoilé en novembre dernier n’est pas du tout aussi inoffensif. 

C’est un site de veille sur le puces RFID, Hors-Sol, qui a publié récemment une analyse fouillée du dispositif, tel qu’il a été exposé aux élus de LMCU le 5 novembre 1010. Ce jour-là, il était question de reconduire le contrat du prestataire privé chargé des transports en commun, Transpole — filiale de Kéolis, groupe contrôlé à 53% par la SNCF.

«LMCU – par l’intermédiaire d’Éric Quiquet – nous a dévoilé ses plans maléfiques d’automatisation, de sécurisation et de marchandisation des transports», expliquent ces empêcheurs de pucer en rond. La carte à puce RFID va donc s’installer dans nos poches et intensifier cette mini société de contrainte et de surveillance propre aux flux de bétail humain.» Tout de suite les gros mots!

E. Quiquet (20minutes.fr)

Comme nous le rappelions en marge d’un billet sur la vidéosurveillance à Lille, Eric Quiquet — qui voulait aussi, en tant que responsable du syndicat mixte des transports, «sonoriser» les caméras de surveillance des bus et du métro — a plaidé pour que son projet de ville « ubiquitaire » (sic) soit au service du citoyen et pas des flics en puissance. Il disait donc, la main sur le coeur, en juillet 2009:

… il sera non seulement possible de voyager avec des titres strictement anonymes sur le réserau transpole, y compris avec des cartes hebdo ou mensuelles (alors que Rennes ou la RATP ne le proposaient pas) mais pour ceux qui posséderont une carte nominative, le cryptage des données personnelles permettra au fil de l’eau c’est à dire en temps réel l’anonymisation de ces données personnelles, conformement aux recommandations de la CNIL. Ces principes du droit stricte à l’anonymat feront donc l’objet d’une charte que LMCU signera avec la CNIL.

C’est vrai qu’il faut fouiller dans les délibérations de LMCU pour comprendre les limites du projet d’Eric Quiquet, par ailleurs multicumulard de première (1).

(Systaime pour les BBA)

Publiées le 23 novembre, ce sont les annexes — comme la n°3, «Projet de service – Systeme tele-billettique de LMCU» (document .pdf) — qui nous informent pleinement sur l’ampleur du dispositif, qui ne concerne pour l’instant que les déplacements (métro, bus, tramway, TER, autopartage et futurs vélos en libre-service style Velib) mais qui préfigure la future « Carte de Vie Quotidienne », qui contrôlera les entrées aux bibliothèques, cantines et autres services municipaux.

La vie « sans contact », propre aux puces RFID, est promise à un bel avenir. Car si le ticket magnétique est encore dans le plan, l’option « tout sans contact » devra s’imposer. Dans l’annexe 6, « Scénario » (document .pdf), un tableau «Avantages – Inconvénients» tend à faire passer le système magnétique actuel comme rétrograde — malgré son « bas coût ».

Quant à la carte anonyme, comme à Paris, elle a un prix (annexe 3):

  • La carte anonyme devrait être payante sous peine de voir le renouvellement « exploser »;
  • Au lancement, les cartes personnalisées peuvent être gratuites en particulier pour les abonnés connus:
  • Si la carte est payante, son prix ne doit pas être un frein à l’utilisation des transports publics (inférieur au coût carte réel);
  • La gratuité pour le renouvellement naturel d’une carte

Dans un autre document technique (annexe 7, Fourniture des supports billétiques), il est clairement établi que Transpole peut être amené à abandonner la carte anonyme quand il le souhaitera:

La personnalisation des cartes porte uniquement sur les cartes billettiques rattachées à un porteur identifié dans le système billettique. De ce fait, les cartes billettiques anonymes ainsi que les billets sans contact ne font pas partie de ce champ d’application. Néanmoins, dans l’éventualité où le Fermier [ie, Transpole] envisagerait de rendre la carte anonyme non cessible [ne pouvant être prêtée] pour quelque raison que ce soit, il fera également son affaire de la personnaliser.

L’annexe 4 (projet technique) nous apprend que finalement, le cryptage qui devait se charger de rendre anonyme les déplacements des cartes personnalisées ne sera pas vraiment la règle:

Une solution de mise en conformité avec la délibération de la CNILdevra être proposée par le fournisseur. Cette solution devra s’attacher à préserver les attentes exprimées en termes de besoins exprimés (statistiques, SAV, maintenance). (…)

Un cryptage irréversible (ou hushage) des numéros cartes contenus dans la base de données de détail, au bout de x jours (ce délai devant être paramétrable) après l’entrée en base des données billétiques. Les données liées à la validation contenues en base sont donc notamment: n° carte anonymisé; date de validation; lieu de validation; numéro du titre.

Le cryptage peut être suspendu par l’administrateur système : Lors de la mise en service du système et pour une durée à négocier avec la CNIL; En cas d’évolution majeure du système – A négocier avec la CNIL; En cas de problème grave lié à l’exploitation des données [mais encore?]; En cas de fraude massive avérée [avéré comment? massive à quel point?]

(Systaime pour les BBA)

L’annexe 3 « Service » indique enfin que Transpole dispose déjà d’un fichier des « fausses identités déjà référencées dans le système » lors des contrôles. Il est question aussi d’une «liste noire» (cartes manifestement frauduleuse) et d’une «liste grise» (carte dont l’abonnement est impayé).

Les contrôleurs auront immédiatement accès aux «identités abusives» et aux «données personnelles du fraudeur». Et les PV seront modulables selon un «compteur de courtoisie», qui recense le nombre de fois «où le client a été contrôlé en absence de validation.» Et  les fichiers de fraudeurs seront échangés «entre partenaires de l’interopérabilité » (SNCF pour les TER notamment), en sachant que «certaines données sont déjà échangées avec la Police Nationale dans le cadre du Contrat Local de Sécurité voté en 1998», comme rappelle les rédacteurs du site Hors-sol.

Après tant d’incertitudes sur le caractère réellement indolore pour les libertés publiques du dispositif Transpole, on imagine les belles couleuvres que vont devoir avaler les usagers du « Grand Lille » lorsqu’il seront confronté à leur carte à puce RFID « tout en un » pour la piscine, la crèche ou la bibliothèque…

N’oublions pas que la région Nord est un des temples européens des puces radio, comme l’avait si bien résumé le journal indépendant La Brique. Avec notamment l’implantation à Lille du Centre d’Innovation des Technologies sans Contact (CITC-EURARFID), financé sur fonds publics (UE, région et métropole lilloise) pour le plus grand profit des groupes privés.

—-

(1) Eric Quiquet cumule en effet deux fonctions électives (ville et métropole), et deux fonctions exécutives, à savoir la présidence du SMT (syndicat mixte des transports) et celle de la Soreli, l’agence de « rénovation urbaine » du Grand Nord. C’est expliqué dans cet article de la Voix du Nord, qui fait le palmarès des élus les mieux pays de la région… Tiens donc : c’est Alex Türk qui gagne le pompon (plus de 10.000€ en tant que sénateur et président de la CNIL). Commentaire du quotidien local:

Mais le classement ne fait état d’aucun frais de représentation. Un avantage qui garantit pourtant un train de vie certain. Tout comme il ne mentionne pas les salaires liés aux représentations des élus dans certains organismes plus discrets. Un exemple parmi d’autres : Éric Quiquet, dont le salaire d’adjoint à Lille et de vice-président de LMCU atteint les 4 292 € bruts, mais qui perçoit, en tant que président de la SORELI et du syndicat mixte des transports, près de 3 000 € nets supplémentaires.

image de Une : CITC-EuraRFID

commentaires
  1. Merci de la mise en valeur de notre région ;)

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