Archives de décembre, 2011

A la mi-décembre, le gouvernement a fait preuve d’une franchise inhabituelle. Environ 10% des passeports biométriques en circulation seraient des faux, selon un « dossier » qui a fait la une d’un grand journal d’investigation, Le Parisien. Un chiffre qui a fait l’objet d’un démenti du ministère de l’Intérieur. Mais sur le principe de la possibilité de la fraude, on est d’accord place Beauvau:

Des chiffres « très alarmistes » catégoriquement démentis par le ministère de l’Intérieur et qualifiés de « totalement farfelus, à des années-lumière de la réalité ». La Place Beauvau, qui « ne nie pas qu’on puisse se faire indûment remettre un passeport », refuse de dévoiler ses propres statistiques « pour des raisons de confidentialité ».

Les soldats de l’anti-fraude savent pourtant que même si un seul de ces passeports ne correspond pas à l’identité du porteur, c’est toute la confiance de l’ensemble de a chaîne qui s’effondre. Mais diable, comment donc cette merveilleuse technique d’authentification numérique — que l’on nous vend sans cesse comme « infalsifiable » — a-t-elle pu se laisser abuser?

Requalification, revitalisation, rénovation, revalorisation, regénération, renouvellement, renaissance, reconquête…

Derrière ces mots en « Re » se profile la ville de demain, ou plutôt d’aujourd’hui. La novlangue urbaine est au pouvoir. Le sociologue Jean-Pierre Garnier s’est spécialisé dans les politiques urbaines et a passé une bonne partie de sa carrière à décrypter les discours des urbanistes, architectes ou autres « aménageurs » de l’espace public — placés sous la tutelle des élus locaux et de leurs premiers « partenaires », les groupes de BTP. Dans un essai paru cette année sur Article11, il recomposait ce langage dans un « lexique techno-métropolitain », sorte de dictionnaire « au service de l’ordre urbain ».

Jean-Pierre Garnier s’est confié à Arte Radio dans un document sonore qui résume très bien les enjeux de cette nouvelle « sémantique » — à écouter en lisant ce qui suit.

* Rythmé avec des extraits d’un JT de l’ORTF de 1964 (Canal St Martin), d’un reportage de FR3 sur la rénovation du quartier Fourvière de Lyon (2003), d’un autre de FR3 Paris sur la mode des « tours écolos » (2008), et d’un film de propagande de l’ANRU avec la voix doucereuse de Serge Moatti (à voir ici, illustration parfaite de cet article).