Archives de la catégorie ‘Vieux dossiers’

Une avalanche de dépêches est venue accueillir la sortie le 1er mars du décret sur la rétention des données d’identification. Ce « décret Big Brother », comme on a pu le lire ici ou , n’est pourtant qu’une des parties visibles de ce que je décrivais récemment, à savoir le profilage minutieux, à des fins « préventives », de tous les citoyens qui ont le malheur d’utiliser le moindre réseau télécom pour découvrir, s’informer, discuter ou parler, en public ou en privé… En vérité, ce décret ne fait qu’ajouter une bonne couche aux pouvoirs énormes laissées aux « autorités » pour coincer le potentiel fauteur de trouble, pirate en culotte courte ou futur cyberterroriste. Car bien avant ce décret, le principe de la « rétention des données » permet déjà d’identifier à peu près n’importe quel utilisateur.  (suite…)

La surveillance sauvage des citoyens américains vient de passer un nouveau cap après un jugement de cour d’appel qui prend effet dans neuf Etats de l’union, dont la Californie. Évoquée par Time récemment, l’affaire se penchait sur un coup tordu de la DEA, la police fédérale antidrogue. Tout est parti d’une enquête des stups en 2007 — le but était de confondre Juan Pineda-Moreno, un cultivateur de marijuana de l’Oregon — qui s’est permis de pénétrer chez le suspect, sans aucun mandat, pour coller un module GPS sur sa Jeep. La cour d’appel a donc validé la violation de domicile pour justifier la surveillance électronique.

Une affaire exemplaire car elle réunit deux piliers de la doctrine sécuritaire étasunienne: « la guerre contre la terreur» — qui a produit les loirs iniques type Patriot Act qui ont élargi les pouvoirs d’enquêtes sans contrôle du juge — et «la guerre contre la drogue», qui a déjà produit son lot d’atteintes aux droits civiques depuis des décennies. (suite…)

Le commerce « gris » des technologies de surveillance ne choque personne, c’est comme ça. Si certaines ventes d’armes doivent parfois se plier à des procédures d’exportation en fonction du pays acheteur, en revanche les dictatures peuvent tranquillement violer la vie privée et la liberté d’expression de leurs concitoyens grâce au dernier cri des matériels et des logiciels occidentaux.

Un documentaire du journaliste Paul Moreira s’est penché sur le rôle joué par le groupe franco-américano-chinois Alcatel-Lucent en Birmanie [à droite: le chef de la junte Than Shwe]. Sa filiale Alcatel Shanghai Bell a en effet fourni à la junte birmane des équipements télécoms qui peuvent être utilisés pour fliquer les communications. Alcatel se défend bien entendu de toute « collaboration » avec le régime ultraorwellien de Birmanie. Un grand classique: « il n’y a rien d’illégal, on ne fournit que le matériel, ce que nos clients en font n’est plus notre affaire ». (suite…)

Décembre 2001: enterrement des libertés au Conseil constitutionnel (lsijolie.net)

Le principe de « rétention des données » vient de prendre une belle claque en Allemagne. La Cour constitutionnelle — dernier rempart légal contre l’arbitraire d’Etat a censuré la loi qui oblige à conserver pendant un an toutes les traces laissées par les citoyens dans leurs communications diverses et variées (téléphone fixe ou mobile, données internet, etc.). Rassurez-vous, en France aussi cette loi existe, car c’est une directive européenne qui l’impose. Une directive de 2006, votée après les attentats de Londres et Madrid, elle-même issue d’une autre directive de 2002, votée après ceux du 11 septembre.

Ironie de l’histoire, la décision allemande parvient au moment même où une réforme du Conseil constitutionnel (CC) permet désormais à tout citoyen (en principe) de porter un recours devant ledit Conseil afin de vérifier l’adéquation d’un texte avec la Constitution. Fin 2001, nous étions quelques uns à réclamer, dans les jardins du Palais Royal (à deux pas du CC) que ses « sages » acceptent l’examen d’une «saisine citoyenne», qui dénonçait le caractère ouvertement anti-constitutionnel de la Loi sécurité quotidienne (LSQ). Déjà, il était question de « conservation des données », une forme de surveillance a priori moins intrusive qu’une écoute téléphonique. A priori…

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Image 1Le mur de Berlin n’est pas tombé, on l’a reconstruit ailleurs. Sans parler des avatars de la Forteresse Europe, le Goethe Institut commémore l’événement en nous offrant une belle petite infographie qui décrit quelques spots où on peut encore l’admirer. Il y a quand même quelques fautes de goûts dans cet inventaire géopolitiquement correct, comme de mettre dans la liste la Grande muraille de Chine, devenue un monument historique sans aucune signification politique. De mettre sur le même plan le Yémen (réunifié en 1990) et Chypre, où c’est encore une réalité. Curieux aussi : celui qu’érige Israël en Palestine fait l’objet de deux traitements distincts, comme s’il s’agissait de deux problèmes territoriaux différents. Pratique aussi de ne nommer que le Mexique, alors que les miradors virtuels et les murs metalliques sont made in USA. En revanche rien, pas un mot sur l’Ulster et les Peace Lines de Belfast. Un petit tour en images s’impose. (suite…)

malodoreUn grand bravo à quelques citoyens modèles de la bonne ville de Toulouse. Le Canard enchaîné du 3 juin les salue bien bas en narrant leur petite histoire bien nauséabonde. Afin d’expulser des gens du voyage d’un terrain en construction, ils ont sorti des bombes de Gresyl. C’est tout simplement un désinfectant industriel utilisé dans les vide-ordures et parfois dans… des élevages d’animaux. Charmante attention de ces riverains aux mains propres, qui se sont eux-même baptisés «milice» car ils en ont «marre de ces gens qui véhiculent des maladies». Il est sans doute utile de rappeler qu’un produit précédent, le Super Gresyl, a été retiré du marché en 1994, après 10 ans de services, car il était hautement cancérigène — son successeur l’est aussi, mais un peu moins, même s’il est déjà interdit en Belgique et au Luxembourg (*). On espère vivement que le vent a su retourner vers nos «miliciens» toulousains quelques effluves empoisonnées.

Cette petite histoire est une très bonne occasion de rééditer un article écrit en 2008 pour l’Echo des savanes. Il s’agissait de présenter, à la manière d’un test comparatif, deux méthodes révolutionnaires pour expulser indigents, SDF ou jeunes glandeurs des cages d’escalier sans prendre la peine d’envoyer les keufs. Deux techniques, le bruit et l’odeur — cela vous rappelle-t-il quelque chose ?
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Chirac Nukes The World Ce croquis date du début de l’été 1995. Vous vous souvenez, lorsque le Chi décide qu’il faut encore quelques champignons nucléaires pour peaufiner les dernières armes de la dissuasion de la France. 1995, Chirac vient d’être élu. Avant lui Mitterrand avait gelé le programme des essais nucléaires, alors forcément l’un de ses premiers gestes diplomatiques est donc de relancer la machine, pour une dernière campagne d’adieu. «Allez, laissez-nous faire encore quelques essais, ce seront les derniers, promis, et puis on arrête! Après on testera nos armes par ordinateur, était allé pleurer le président en direct sur CNN. Mais laissez nous exploser nos dernières bombes dans le Pacifique!»…

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