Articles Tagués ‘ultragauche’

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(Archives lambda : Tarnac vu du ciel — et ses moutons noirs placés sous surveillance électronique).
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Le principal suspect des « inculpés du 11 novembre » avait un fil à la patte. Les policiers de la SDAT, la brigade antiterreur, l’ont filé à l’ancienne, mais aussi en collant une balise GPS sur sa voiture. Et il semble bien que dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, les relevés topographiques de cette laisse électronique aient convaincu les policiers que la présence de son véhicule au dessus des voies ferrées, où allait avoir lieu un incident sur les caténaires, était le signe de leur culpabilité — confirmant leurs lectures subversives.

Pour une instruction du parquet anti-terroriste, visant de soi-disant ultragauchistes pourchassés par une poignée d’ultrasécuritaires, ça n’est pas très étonnant. Après tout, si cette «association de malfaiteurs» devait être présentée comme crédible, il fallait employer tous les moyens pour les localiser et les prendre en flag. Il y a donc eu les réquisitions classiques — écoutes téléphoniques, mails et SMS, et la balise pour localiser leurs véhicule. Seulement, ils n’ont pas été pris en flag, dommage, mais ont été «localisables» à tout moment. Non, le plus surprenant c’est que le recours à un tel mouchard — c’est bien plus qu’un simple micro espion, à vrai dire — n’est absolument pas prévu en tant que tel dans le code de procédure pénale (CPP). Ça fait partie de l’arsenal que peut requérir le juge pour « faire éclater la vérité », comme on dit en principe. Pourtant, placer le véhicule d’un simple suspect sous surveillance GPS peut être tout autant attentatoire à ses libertés qu’une écoute téléphonique — qui, elle, est bien plus encadrée. La filoche électronique, un truc clandestin qui mérite une petite mise en lumière.

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La prochaine loi de programmation pour la «performance» de la sécurité intérieure, dévoilée cette semaine par MAM et sa clique, contient donc cet article révolutionnaire (le n°23 du projet de loi) qui permettra de réaliser à distance des «captations de données» sur des ordinateurs de particuliers. Le mot « captation » est bien modeste, car il s’agit bien d’une extension du domaine de la perquisition. Un acte judiciaire qui doit obligatoirement se faire, aujourd’hui, en présence du suspect. Avec ce dispositif — qui pourra prendre la forme d’un logiciel espion, ou « cheval de troie » — c’est donc la procédure pénale qui va s’en trouver complètement chamboulée.
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COMBIEN D’HEURES
DE GARDE A VUE
POUR CETTE PHOTO ?

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Le délit d’opinion n’existe pas, bien sûr. C’est encore trop crado pour que les politiques et leurs valets du privé—qui aiment aussi à museler les mécontents qui détournent leurs logos ou appellent au boycott de leurs produits—s’y adonnent ouvertement, alors il est de bon ton de nos jours de s’attaquer plutôt aux intermédiaires, aux relayeurs de la libre parole. L’affaire de Tarnac, comme celle d’autres personnes inculpées suite à des contestations un peu trop bruyantes, n’a pas révélé l’once d’une association de malfaiteurs à visées «terroristes». Mais en revanche, elle a mis à jour une concrète armée de l’ombre de pensées et d’écrits subversifs. Quand on ne peux pas juger des « ennemis intérieurs » sur pièces, sur des faits précis qui conviendraient à la loi, on s’en prend à leur idées, leurs déclarations, leurs prises de position — voire même leurs pancartes… Car ces écrits, aux yeux des robocops de l’antiterrorisme, relèvent «l’intentionnalité» d’un délit ou d’un crime possible, même si cette intention relève de l’imaginaire collectif. Ainsi, on applique avec un peu d’avance les préceptes du fichage « à la Edvige », c’est à dire qu’on surveille «l’environnement de la personne» afin de la fragiliser, sans pour autant apporter plus de preuves aux faits reprochés.

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Un petit ovni, un de plus, dans la presse francophone. Un journal patient et libre dans un océan de revues sponsorisées. De la chair à canon en puissance pour les promoteurs du délit d’opinion.

Z,

c’est un journal itinérant disponible pour 10€ dans une 50taine de points de vente. Avec des sujets sur la standardisation des naissances, l’incarcération des mineurs, l’invasion des puces RFID, et plein d’autres histoires comme une plongée dans l’univers préformaté des voyages SNCF… C’est plutôt alléchant. J’attends mon premier numéro, j’en saurais plus après l’avoir dévoré.

Z, Numéro 1 – « Tarn » – Printemps 2009, 184 pages, 2 couleurs, 10 euros.

«Prochaine itinérance autour de Marseille, entre mi-avril et mi-mai. Pour nous rencontrer, guider, aider, héberger, nourrir…
contact-AT-zite.fr »

Voilà un document réalisé par un groupe d’habitants d’une commune proche de Tarnac, en Corrèze, sur le traitement médiatique de l’opération « Taiga ». Le 11 novembre dernier, la presse reprend en choeur la thèse d’une « mouvance anarcho-autonome » qui serait responsable de tentatives de sabotage sur des lignes de TGV.

C’est justement parce que ce « sujet » n’a pas été fait par des journalistes qu’il attire l’attention. L’association Télé Millevaches existe depuis 1986, et son « Magazine du plateau », tous les mois, se diffuse encore par « cassettes » dans tous les villages alentour. Depuis peu on peut aussi trouver toutes les archives sur le net. En décembre, l’émission revenait sur l’affaire de Tarnac en donnant la parole à des proches des inculpés (cf le début du magazine 165). Et dans son numéro 166, la Magazine du plateau s’en prend donc à la manière dont les télés, radios et quotidiens nationaux, en un seul bloc, ont permis l’emballement de toute l’affaire. Ce document n’est ni un reportage ni un documentaire, c’est un récit, un constat, simple et implacable. Un récit privé de tous les codes du « journalisme » audiovisuel, sans images signifiantes, sans images prétextes.Une belle leçon de journalisme tout court.

(Pour voir l’intégralité du magazine, c’est ici)